mardi 30 septembre 2008





Ce matin, je me suis mise à humer le parfum des feuilles, puis à envier celles qui étaient tombées. Comme elles, j'aurais aimé me laisser échouer sur un tapis vert en virevoltant au gré du vent. J'ai aussi eu envie de les retenir, leur dire de prendre leur temps, de ne pas démissionner si vite. D'attendre avant d'annoncer l'hiver.

L'automne m'enchante.










dimanche 28 septembre 2008





J'ai 65 ans. Une petite peau de parachute. Rugueuse et lisse tout à la fois. J'ai des attentes envers les gens, comme tout le monde. Je pétris mes déceptions et me dis qu'encore une fois, j'en demande trop.

J'ai 65 ans, et je suis comme ça. Ronde et recourbée. Je danse encore, quand mes jambes me le permettent. Seule, oui. Je ne sors plus. Il fut un temps où les hommes se bagarraient pour avoir l'honneur de m'inviter à valser. Un temps où c'était moi qui choisissais. Et je prenais plaisir à sourire avec pitié à tous ceux que j'avais rejetés.

J'ai 65 ans et j'ai en horreur toutes les phrases qui débutent par «Il fut un temps». Je n'aime pas m'avouer vieille. J'ai des cheveux de mouton, épais et blanc laid. Tous mes jours sont comme les dimanches de mon enfance : longs, mornes et grisâtres sous l'ombre menaçante du retour à la routine d'une semaine d'école.

J'ai 65 ans. J'aimerais mourir, mais on ne m'en laisse pas le droit. Je ne souhaite pas souffrir, non. Juste dormir, à tout jamais. Je sais que ça se fait, mon amie Corinne a entendu parler de suicide assisté, de gens que l'on fait dormir pour toujours, comme les chiens.

J'ai 65 ans et je ne me suis jamais mariée. Mon fiancé est mort avant nos noces.

J'ai 65 ans. Je suis vierge. À peine l'ai-je embrassé, cet amoureux de ma jeunesse. Avec lui, j'aimais beaucoup danser. Ses mouvements étaient fluides, jamais brusques. Il m'a sûrement aimée. Il a peut-être soufflé mon nom lorsque la mort l'a tiré vers elle. On ne me l'a pas dit. Je me rends compte maintenant que je n'ai jamais voulu savoir.

J'ai 65 ans, et je suis triste de n'avoir jamais appris à conduire. Je pourrais alors peut-être sortir, le soir. Et aller danser. Puis sourire aux hommes auxquels j'aurais refusé d'accompagner. Je pourrais repartir avec celui que j'aurais choisi, et je pourrais le laisser me faire l'amour.

J'ai 65 ans, une peau de parachute et des cheveux de mouton. Je suis triste et lasse, et j'aimerais qu'on me fasse dormir. Comme un chien. À jamais.






jeudi 25 septembre 2008






C'est pas évident. C'est même plutôt dur. Être d'une nullité à toute épreuve. Et pourtant...














mardi 23 septembre 2008





Depuis hier, je redécouvre le goût sublime qu'est celui du Nutella mélangé à du fromage à la crème, le tout supporté par une tranche de pain. La rage de sentir à nouveau cette saveur chatouiller mes sens est apparue et je n'ai pas usé de grand moyen pour la faire disparaître. J'y ai plutôt cédé. Je ne suis pas reconnue comme étant celle qui résiste beaucoup. Ce trait dénote une faiblesse pour certains, moi j'y vois plutôt une très grande connaissance de ma propre personne. À quoi bon rajouter à ma folie en m'interdisant des petits plaisirs inoffensifs comme celui-ci (si on oublie la quantité obscène de calories contenue dans pareil petit déjeuner)? Pour ce qui est des autres plaisirs, je n'embarquerai pas dans ce débat si tôt le matin.

J'ai également renoué avec le vélo, dimanche. Les os de mon postérieur en souffrent, mais j'en mourais depuis deux étés, de me remettre à «guidonner». J'ai maintenant un deux-roues qui me permet de me prêter à cet exercice aussi souvent que j'en ai envie. Ça, et ma volonté. On verra ce que l'automne me proposera en possibilités de rouler.

Peut-être qu'un jour je pourrai aller nager avec l'amoureux à la piscine Wilfrid-Hamel, qui est située à trois pas de chez moi. Les rénovations n'en finissent plus d'être prolongées, retardant ainsi la réouverture dudit complexe aquatique. Il semble que le 26 septembre soit la nouvelle date butoire. Alors peut-être que la semaine prochaine j'irai me tremper.

Je nourris plein de petits projets. Du genre peindre et orner mes murs. Me remettre à écrire de façon plus assidue. Voir plein de films. Me dévouer à ce qui est négligé. Régler des troubles médicamenteux. En les énonçant comme ça, j'espère réellement m'y consacrer, à ces activités. Encore un truc de volonté. Si je ne connais pas trop de distractions, je risque bien d'accomplir beaucoup de choses. Mais je ne suis pas reconnue comme étant celle qui résiste beaucoup.




lundi 15 septembre 2008

Je n'ai rien à écrire.



Rien à dire.



Trop de fatigue, et d'où elle vient, j'aimerais bien le savoir.



Trop de petits bonheurs qui se décapsulent un à un et se font vivre quand ils le veulent bien. Puis trop d'hystérie, de rage, de panique, d'angoisse, de crise, de vide et d'indéfinissable qui explosent sans crier gare et qui tuent ce qui allait si bien trois minutes plus tôt.



Le beau de ces jours-ci: Perdu dans un supermarché, recueil de nouvelles de Svetislav Basara, mon chat Ignacio, mon nouvel imperméable «kiwi», avoir déniché Across the Universe, Sixteen Candles, Lost in Translation et Catch Me if You Can en DVD pour vraiment pas cher, la douceur des jours du presqu'automne, mon amoureux, la discussion que nous avons eue tout à l'heure sur la fidélité, Bloc Party et Metric et le show d'enfer qu'ils ont livré à Envol & Macadam...




L'horreur des derniers temps: une fin de soirée merdique à raconter à un ami qu'on se tuerait bien, puis échouer sur le plancher de chambre de l'amoureux et y ronfler telle une saoulonne bas-de-gamme, l'attente du certificat de naissance de l'état civil, le coût exorbitant des médicaments durant l'attente dudit certificat pour obtenir et assurance-maladie et assurance-médicaments, ma peau, les cheveux de Monique Spaziani dans Le Matou, mes «épisodes» de crise intense, les effets secondaires du Cipralex, ne pas savoir comment l'atteindre, lui...



Rien à dire.



Alors je radote.



Veuillez m'en excuser.





mardi 2 septembre 2008





Je suis crevée. Tout le temps : le matin, je passe près de sauter ma marche quotidienne et de prendre l'autobus pour me rendre au boulot. Mais je résiste, et je marche. Le soir, je ne peux plus lire au lit, mes yeux ne suivent plus après à peine trois pages. Je suis fatiguée d'être aussi fatiguée et de devoir me taper des douze heures de sommeil. Paraît que la vie n'est pas là, et pourtant moi je suis en train de rêver la mienne à fond. Ou de la laisser passer, pendant que j'en imagine d'autres.

Je songe à de drôles de trucs. À des périples inter-provinciaux au moyen de multiples transports avec un détour par Yellowknife. À une aventure inusitée. À des anciennes flammes, qui reviennent avec tout ce qu'il y avait de bon dans le temps, juste assez pour me le faire regretter un peu, ce temps. Puis quand je me réveille je tourne autour de toutes ces images et me traite de folle. À prétendre préférer des moments révolus.

J'ai besoin de davantage d'heures à moi. Me dévouer à deux personnages, peindre, dessiner, colorier. Besoin de me remettre à tout ça. Dans tout ça. Besoin de battre ma vie, de l'entendre gémir.

Parfois, je me promène et c'est comme si je transportais des aiguilles. Comme si je les posais ici, comme si je les perçais là. Panier d'aiguilles, petit panier de pointes. Et d'autres fois je marche dessus, sur les aiguilles, et alors là même toi, je ne te reconnaîtrais pas.