La beauté est d'une hypocrisie sans nom. Elle satisfait tout le monde et personne à la fois. Elle suit des normes que la société invente, ou en fait fi parfois. Elle change souvent d'idée. Ce qui est considéré beau aujourd'hui ne le sera peut-être plus demain ou dans 2 ans. La beauté est méchante, sans pitié, cruelle. Elle n'invente pas grand-chose. Elle suit, dicte, célèbre, paie, rejette, et recommence. Ses amis la mode, la cosmétique, le maquillage, suivent à peu près le même pattern. Mais c'est la beauté qui décide de tout. Qui est l'instigateur du beau? Le premier Sapiens à avoir «trouvé ça beau»? Je ne vous ferai pas un cours sur l'esthétisme ou sur la mode, quoique ça peut être bien intéressant, tout ça.
C'est hypocrite, la beauté, disais-je donc. Des multitudes de couches qu'on enlève, de couches qu'on ajoute. On la préfère souvent fabriquée et non brute. Ou brute un temps, puis on la poursuit à coups de maquillages extravagants et de chirurgies creepy. En fait, l'hypocrisie vient de ceux qui manipulent la beauté et véhiculent ses standards. La beauté est-elle toujours superficielle? N'y a-t-il que du mauvais, du faux, en elle?
Et puis on dit que la beauté est subjective, relative. Comment s'entend-on pour décréter que quelqu'un ou quelque chose est laid? Ou beau? Pourquoi, d'où proviennent ces consensus qui semblent pourtant arbitraires? Pourquoi certaines personnes sont toujours disqualifiées, et d'autres toujours au sommet?
Je crois l'avoir déjà écrit : j'avais 18 ans quand je me suis trouvée belle pour la première fois. Genre vraiment belle, plus que 5 minutes. Par contre, j'ai appris que ce nouvel amour de mes traits ne durerait pas. Se trouver belle n'est pas acquis. On peut travailler là-dessus chaque jour, même si l'année d'avant tout allait (ou semblait aller). Quelques années plus tard, je suis retombée dans la haine de mon visage, de mon corps. Je me considère chanceuse d'avoir expérimenté la joie et la fierté de me trimballer dans mon enveloppe pendant tout ce temps, certains.es ne connaissent jamais ça. Il faut dire aussi que ce n'est pas parce que je me trouvais belle que je n'ai pas développé de comportements autodestructeurs. C'est à cette époque que j'ai commencé à m'arracher la peau et les poils. À me trouver ok, présentable, jolie, je voulais être PARFAITE. Pas un poil, pas un bourrelet, pas un cheveu de travers.
Je me suis toujours dit que je n'étais pas une belle enfant. Je le pensais à l'époque et l'ai cru longtemps. Aujourd'hui, je suis plus clémente envers la petite fille que j'étais et j'arrive à me trouver jolie sur certaines photos. Quand je posais à côté de mes amies ou de mes cousines, je trouvais toujours que j'étais la plus laide.
J'aurais tellement voulu avoir les cheveux lisses et raides. D'abord, j'avais l'impression que les noeuds pognaient beaucoup moins que dans ma chevelure. Mes frisous ne correspondaient jamais à ce que je voyais en images, à la télé ou au cinéma ni à ce que j'aimais des boucles. Fanny Lauzier, elle elle avait des beaux longs cheveux frisés. Mon volume n'était jamais correct. J'étais couettée. Je trippais pas.
Dès la deuxième année, j'ai dû porter des lunettes pour la myopie. Et c'était des grosses lunettes (ce n'était pas à la mode dans le temps et elles étaient sans doute trop grandes pour mon petit visage). Impossible de ne pas les voir, même en ayant une mauvaise vision.
J'avais les oreilles décollées. À dix ans, j'ai subi une otoplastie. Il paraît que c'est moi qui l'ai demandé à ma mère. À l'école, on riait de moi, on me traitait de singe. Je ne lui en avais pas tant parlé à l'époque, mais elle avait accepté. On a fait faire ça durant l'été. Quand on a enlevé mes bandages et que j'ai vu le résultat, j'étais tellement contente. Tout ce que je vois sur ma photo d'école de 5e année, c'est que j'ai les oreilles collées pour la première fois. Sur les autres des années avant elles étaient super apparentes. Aujourd'hui, je suis très mitigée vis-à-vis les chirurgies plastiques. Je me pose beaucoup de questions à savoir comment aurait été le reste de ma scolarité, de ma vie, si je ne m'étais pas fait opérer. Étais-je trop jeune? En tout cas, j'essaie de ne pas juger celles et ceux qui ont recours à la médecine pour corriger des «défauts» ou autres. Et pour ce qui est de l'exagération dans le nombre de procédures, ce n'est pas à moi de critiquer ça non plus (mais je le fais parfois dans le privé, je ne suis pas parfaite non plus!).
Ma face. Ça m'a pris du temps à l'accepter. À ne pas l'hair. À l'endurer, à la laisser être. À l'aimer. On m'a souvent dit que j'étais laide. Dans des contextes scolaires, des garçons surtout. Tout le monde voyait mes taches de rousseur. Certaines filles me renotaient mes boutons. Dans mes amies proches, j'étais celle qui en avait le plus, ou celle pour qui c'était le plus apparent. Je détestais ça. J'ai esssayé 1000 produits. Demandé des conseils aux pharmaciennes (qui trouvaient toujours que c'était vraiment pas si pire que ça!). Suivi ceux de ma soeur. Ça a juste passé à un moment donné. L'attente a été longue, frustrante et pénible.
À la polyvalente, quand j'allais aux toilettes et que je me lavais les mains, j'avais peur de me regarder dans le miroir. Mais vraiment peur. Peur de voir ma peau luisante, mes boutons, mes cheveux pas à mon goût. Je fixais mes mains, ou je me permettais un coup d'oeil rapide - deux secondes - juste pour m'assurer que je n'avais rien de vraiment tout croche ou déplacé. J'osais plus s'il n'y avait personne d'autre. Quand il y avait mes amies ou d'autres filles, c'est comme si je me disais que je n'avais pas le droit de regarder mais qu'elles oui, parce qu'elles étaient belles. Je me disais qu'elles devaient se dire que ça ne valait même pas la peine que je me checke, c'était évident que je n'avais pas d'allure de toute façon. J'étais une cause perdue. Je ne méritais pas ce miroir, je prenais la place des autres, tasse-toi maudite laideronne!
Il m'est arrivé d'avoir des crises de larmes juste parce que je me trouvais fucking laide. Dans une salle d'essayage au magasin. Chez moi dans la salle de bain, avec mes parents déboussolés impuissants de l'autre côté de la porte.
Je ne m'aimais pas. Je croyais que ce serait plus facile si on me trouvait belle, que le reste irait de soi. Si on m'aimait, m'appréciait, j'aurais tendance à moi aussi m'aimer. Je n'aimais pas la maxime «Aimes-toi toi-même!» et tous ses dérivés (je ne les aime toujours pas). Je me comparais sans cesse. Le fais encore. Il y a plein de trucs que j'aurais voulu avoir ou dont j'aurais voulu me débarrasser. Des dents plus blanches (encore), être plus mince (encore... sauf qu'à l'époque j'avais rien à demander, là oui!), une belle peau, pas de poils, mes cheveux autrement (même si rendue adolescente j'acceptais mon frisé)...
Ces temps-ci, je me trouve pas pire. Des jours mieux que d'autres. Je me trouve grosse, gracieuseté médicaments. Depuis des années, je garde mes poils. Je ne trouve pas ça particulièrement beau, ni affreux non plus. Ça me permet de ne pas gaspiller du temps comme avant à m'épiler et me massacrer l'épiderme. Aucun jugement pour les imberbes, peu importe vos moyens.
Je ne sais trop où je m'en vais avec tout ça. J'imagine que ce que je veux dire c'est que j'aimerais mieux que tout ce culte de la beauté ne soit pas aussi toxique. Qu'on se lâche le pompon avec la beauté de l'un.e et la beauté de l'autre. J'aimerais que la beauté soit saine, inclusive et communicative.

❤️❤️❤️
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