lundi 8 décembre 2014




Tout le monde se trompe (et/ou change d'idée et/ou de goût)...


  • J'ai longtemps cru que Tatum O'Neal était un joueur de basketball Noir.  Je pense que je le mélangeais avec Shaquille, ou je me disais qu'ils étaient frères.  Ça ne fait pas si longtemps qu'Internet m'a appris que Tatum est en fait une actrice et qu'elle a remporté un Oscar à l'âge de 10 ans.
  • J'ai longtemps cru à la fidélité et à l'amour éternel.
  • Quand j'étais petite, je pensais que le coeur humain occupait toute la superficie qu'il y a derrière les côtes.  J'imaginais cet organe comme étant une grosse masse de chair rosée dénuée de peau.  Et qui avait la texture d'un morceau de viande pas cuit.  J'oubliais les poumons.
  • Avant, je voyais le «y» de Disney comme un «p».   
  • Il y a plusieurs années, j'étais contre l'avortement.  Je considérais le foetus comme un être vivant dès sa conception.  Maintenant, je crois plus au droit des femmes de traiter leur corps comme elles l'entendent et de choisir le moment pour devenir mère. 
  • Lors de son apparition dans le monde virtuel, j'adorais Madame Chose.  Je trippais vraiment.  Je la trouvais amusante, directe, drôle, intelligente, ouverte, et bien plus encore.  Elle était pratiquement devenue un modèle pour moi.  J'aimais beaucoup ses status Facebook du genre «Conseil du jour : la jeune femme moderne devrait porter des souliers à crampons et pouvoir tuer une mouche à fruit avec une sarbacane» (20 octobre 2014).  Mais elle en écrit moins, parce qu'elle a une chronique spéciale dans La Presse+ (Le courrier amoureux de Madame Chose) et qu'elle écrit des livres, maintenant (La déesse des mouches à feu, publié chez Le Quartanier et Madame Chose – Vie et mort du couple, du dating au divorce, chez La Presse.  Bon, j'ai très envie de lire le premier, il paraît que c'est très bon et il s'agit d'une fiction.  Mais je n'ai aucune envie de lire le deuxième).  Eh bien, je vous le dit : je déteste son courrier du coeur.  Je la trouve de plus en plus dure avec ses lectrices et moralisatrice.  C'est peut-être que je ne partage plus autant ses opinions, ou bien je juge mal celle que je considère mal juger les autres, mais bref, je sens une arrogance chez elle qui me déplaît.  Peut-être que je ne comprends plus son humour.  Qui sait.  Elle utilise des proverbes nuls et revient toujours avec ce que dirait sa mère.  Dans sa dernière chronique, elle termine même avec un «Pensez donc à ça, la prochaine fois, avant de vous envoyer en l’air sur la photocopieuse» (25 octobre 2014).  Non mais, hey!  C'est hautain.  Les mots choisis...  Ça rend vulgaire l'histoire de la correspondante.  Moi, je ne trouve plus ça drôle.  J'aurais pu trouver d'autres exemples pour appuyer mon point, mais celle-ci me touche particulièrement, il faut croire.
  • Enfant, quand je voyais le logo d'Ultramar, au lieu de voir l'aigle comme il se doit, je m'imaginais plutôt le visage vu de profil d'une créature à mi-chemin entre Admiral Ackbar dans Star Wars et le Cthulhu de H. P. Lovecraft.  La tête et les pattes de l'oiseau me paraissaient comme des yeux, un nez et une bouche, et les ailes représentaient des sortes d'oreilles.  Je ne sais pas si vous saisissez, mais vraiment, ça m'a pris un temps fou (des années) pour voir l'aigle!  
  • J'ai déjà été convaincue que la musique pop, c'était le top.  Avec les années, et grâce à MusiquePlus (du temps où la station présentait des vidéoclips), aux suggestions d'amis, à la radio, aux coups de coeur/souvenirs de mes parents et à mes découvertes sur le web, je suis beaucoup plus ouverte et mes goûts se sont élargis.
  • Je croyais que rien ne surpasserait MSN.  Puis Facebook est apparu.  
  • Les hommes blonds aux yeux bleus ont déjà été mon idéal masculin (ben oui, j'ai trippé sur Devon Sawa, Nick Carter et Leonardo DiCaprio...).  J'ai vaincu cette phase et maintenant, les hommes aux cheveux et aux foncés m'attirent mille fois plus.  S'ils sont plus grands et un peu plus larges des épaules que moi, ça me plaît beaucoup.  Cheveux longs, un point de plus.  Mais l'important, c'est la personnalité, les valeurs, les goûts communs...  T'sais, JAMAIS le physique a à voir là-dedans (Moi, je considère tout.  La personne doit provoquer un certain désir en moi ET faire en sorte que je la trouve extraordinaire).
  • J'ai déjà eu une sorte de foi. À un moment donné, je me suis mise à prier avant de m'endormir (même, je pensais qu'il fallait ab-so-lu-ment faire le signe de croix avant et après).  À la fin de cette tendance, il m'est arrivé deux fois d'oublier de prier.  Ces deux fois-là, quelque chose d'atroce est arrivé.  Comme si parce que j'avais négligé de le faire, on m'avait laissée tomber.  Coïncidence ou non, interprétez comme vous le voulez, mais peu après, j'ai cessé de croire en quelque chose qui fuyait aussitôt que l'on s'écartait du chemin.  Désormais, je crois au sucre.
  • Mon image naïve et sacrée du sexe a changé.
  • Je me suis toujours imaginé Gus Van Sant comme étant un jeune réalisateur de 26 ans qui continuait d'avoir cet âge malgré les années.  Peut-être à cause de ses sujets controversés.  Et j'étais sûre qu'il était blond.  Probablement parce que je me disais qu'il devait ressembler à l'un des acteurs principaux dans son film Elephant (j'ignore d'où cette idée m'est venue).  Le choc quand j'ai vu une de ses photos...
  • Ce n'est qu'il y a quelques années que j'ai compris que je prenais pour acquis qu'il se passait beaucoup plus temps entre les épisodes de téléromans ou de téléséries que ce qui est prévu dans leur scénario.  Je m'imaginais qu'entre chaque épisode, ou entre chaque intrigue/histoire résolue, des mois s'écoulaient puis les personnages passaient à autre chose.  On aurait dit qu'aucun référent au temps n'était clairement indiqué, sauf peut-être quand il y avait au bas de l'écran un «6 mois plus tard...».  Puis je me suis mise à reconnaître des indices de temps, énoncés par les protagonistes.  Et entre chaque épisode, il n'y a vraiment qu'une semaine qui est passée!  Comme dans le temps réel, puisqu'il s'agit d'une émission hebdomadaire.  Mais bien souvent, ça ne fait aucun sens, la succession de certains événements demanderaient plus de jours que ce qui est mentionné.  Il y a trop d'erreurs de continuité dans les séries télévisées, et moi je dis que c'est la faute du trop grand nombre d'auteurs pour les mêmes productions.  On dit qu'ils travaillent ensemble, mais se consultent-ils vraiment?
  • L'ibuprofène et l'acétaminophène n'existaient que pour soulager les maux de tête.  C'est ma mère qui m'a appris que l'Advil ou le Tylenol pouvaient aussi aider à faire passer de façon plus confortable d'autres douleurs (ventre, oreilles...).  Et j'ai moi-même pu constater cet effet bénéfique lorsque je suis «devenue une femme», même si ça ne chassait pas totalement le mal.
  • En commençant cette liste, je me disais qu'elle pouvait être divertissante.  Maintenant, je me rends compte que je la trouve nulle et sans intérêt.  Mais j'y ai quand même mis un certain temps, alors je préfère la publier pour que l'exercice n'ait pas été vain.  Par contre, je suis désolée de vous avoir fait perdre le vôtre.








mercredi 3 décembre 2014





Quand il neige les premières fois, moi je reste en dedans et je regarde par la fenêtre les toits des maisons d'en face devenir des édredons.  Je baisse les yeux et je vois sur les trottoirs des gens qui s'empressent d'enlever de leurs entrées les flocons échoués.  J'entends les pelles qui grattent l'asphalte.  Me dis qu'il soit fort possible que cette bordée ne soit pas la bonne.  Pas celle qui officialiserait l'hiver.  Je m'imagine les conversations à la pharmacie, dans les magasins, à l'épicerie, aux arrêts d'autobus.  Les conditions météorologiques doivent envahir toutes les discussions.  Moi, j'écris là-dessus.  Je reste en dedans et j'écris à propos de la neige, la laisse bouger à ma place.  Le ciel est gris blanc, tellement que je vois à peine la ligne d'horizon qui le sépare du toit d'en face.  J'aime quand au-dessus de ma tête il n'est pas noir la nuit.  Je porte une tuque depuis hier soir. 













lundi 24 novembre 2014






Le vide, ça gronde.  À l'intérieur.  De l'intérieur.  Se déplace un peu, mais semble coincé.  Un vide qui se dépose dans le ventre, qui y reste et qui gonfle.  Qui creuse un gouffre et fabrique un malaise.  Tout est difficile.  Les mouvements.  Comment un vide peut-il devenir lourd?  Comment cet espace se change-t-il en une masse?

Le vide se repose, parfois.  Se remplit, se nourrit.  Mais il se remet à gruger presque aussitôt.  Il ne laisse pas beaucoup de chance.  Qu'est-ce qui l'amène?  Des pensées, des obsessions.  Un stress, une inquiétude.  Une personne, un souvenir.  Une peine, une douleur.

Le vide est une réaction à ce qui cogne.  On n'est jamais bien avec le vide en dedans.  Un vide qui éreinte.

Du vide, en moi, qui gronde.  Mon vide.  Mon manque.  Mon absence.







samedi 22 novembre 2014





Je croyais que ce serait hier.  Hier, un anniversaire.  Mais non, c'est aujourd'hui que je ne sais pas quoi faire de moi.  Les heures qui s'en viennent me font peur.  Me rebutent.

J'ai ramassé la poussière.  M'en suis débarrassée.  Mais il en reste toujours un peu, n'est-ce pas?  Je ne veux pas laver la vaisselle.  Peut-être plus tard.  Je ne veux voir personne, vraiment, parce que rien ne serait à la hauteur de ce que je souhaite.  Je ne veux pas sortir.  Je crains que l'air me fasse pleurer.  

J'aimerais regarder un film qui me captiverait, du début à la fin.  Un que je n'ai jamais vu encore, parce que j'ai trop tendance à me retaper un truc déjà visionné mille fois.  Ou une série télé.  J'aimerais m'auto-suffire côté divertissements.  Je pourrais faire du bricolage, et mettre des collants partout.  Sur mon nez, sur mes bras.

Maggie jappe.  Maggie, c'est la chienne de mes voisins d'en bas.  Je me demande comment le temps passe pour les animaux.  Est-ce qu'ils s'emmerdent, des fois?








dimanche 16 novembre 2014




L'automne n'est pas désolé.  Froid, certes, mais pas désolé.  Même quand toutes les feuilles ont quitté leurs branches.  Et que le ciel est gris.  L'automne n'est pas désolé.  Ses paysages non plus.  Une saison qui change autant de décor en si peu de jours ne peut l'être.  Elle ne peut qu'être fière.  De préparer le terrain, d'annoncer le blanc. 

L'automne n'est pas désolé.  Même s'il a deux faces.  La première toute colorée et la seconde plus terne.  L'automne ne s'excuse pas de sa métamorphose.  Il ne se justifie pas.  Même quand les gens oublient les rayons de soleil et l'air frais propres au début de cette saison.  Ou quand ils se plaignent de la pluie.  L'automne n'est pas désolé.

L'automne n'a aucune raison d'être désolé.  Les feuilles doivent tomber pour qu'on puisse sauter dedans.  Qu'on puisse les piétiner, entendre le «crounch crounch» de leur agonie.  L'automne n'est pas monochrome, même rendu à sa fin.  Il étale ses nuances.  L'automne n'est pas triste, il est pensif.  Il ne s'étire pas, ne s'impose pas trop, pas comme l'hiver.

L'automne est fait de vents.  De noirceur précoce.  De nuits froides.  De rituels : cueillir des pommes, ramasser les feuilles, se réchauffer près du foyer, souffler en formant de la buée...  Mais l'automne n'est pas désolé.  Il ne s'excuse pas d'être l'automne, de faire l'automne.  Il se présente tel qu'il est, variant un peu d'une année à l'autre. 

Il me faut un automne.  À chaque cycle.  Un automne confiant.  Palpable.  Qui me fait sentir vivante.





samedi 8 novembre 2014






Même les souvenirs sont infidèles.  Surtout les souvenirs sont infidèles.  Par notre faute.  On les colore, on les grossit, on les partage, on les embellit, on les modifie...  Involontairement.  Inconsciemment.  Ou par besoin.  Parce qu'il y en a qui sont trop douloureux.  Ceux-là, on les efface, même.  Et il y en a d'autres si précieux qu'on se les répète à l'infini parce qu'on ne veut pas les oublier, mais chaque visionnement en rajoute ou en enlève.

Moi je revisite beaucoup mes souvenirs.  Je les chéris.  Je leur accorde sans doute trop d'importance.  Je ne vis pas dans le passé, je vis dans mes souvenirs.  À travers eux.  Ils me constituent.  Je m'endors en m'imaginant ou en me souvenant.  Dans ma tête, je crée du futur et de la fiction, ou je ressasse des instants.  Des épisodes.  Bien souvent, je préfère mes souvenirs au présent.  Je m'y accroche.  Parfois, ça m'empêche d'avancer.  J'oublie que si je vivais, là, dans le moment, j'aurais plein de nouvelles images à garder.  Mais les vieilles pensées doivent laisser leur place aux plus récentes.  Comment tout conserver?  Comment trier?  Entre ce qu'il y a à jeter et ce qu'il y a à tenir tout près.  Ce qui n'a plus d'importance et ce qui est primordial.

Il existe des souvenirs qui méritent d'être oubliés.  Et d'autres qui peuvent servir de leçon, si on se montre réceptif.  J'aime bien l'idée que toute notre vie défile devant nos yeux les minutes précédant notre mort.  Pas pour l'aspect d'un bilan ou d'un constat.  Plutôt comme la projection d'un film.  On en ressort déçu, amusé, triste, fasciné, amer, contemplatif, abasourdi, confus, interdit.  Ou un peu de tout ça.  Mais jamais indifférent, ça je ne crois pas.

Les souvenirs nous collent à la peau, comme les tatouages, et peuvent laisser des cicatrices.  Ils font partie de nos empreintes.  Ils nous suivent, car personne ne peut vraiment se promener sans son lot de flashbacks, sans son bagage.  C'est indissociable de nous.  Je compare ça à une carte géographique, à une chronologie que l'on traîne.  Il peut y avoir quelque chose de rassurant là-dedans, ou, à l'opposé, embêtant.  On peut se souvenir d'avoir posé tel geste, telle action.  On se souvient pourquoi on a ri, pourquoi on a pleuré, ou on se le demande encore.  Celui ou celle qu'on a incarné dans ces souvenirs peut nous déboussoler.

J'aime me souvenir.  Ça me prouve que j'ai vécu.  Et je suis chanceuse, j'ai de bons souvenirs.  Même s'ils évoquent des choses perdues ou des époques révolues.  Avec le recul, j'arrive à rire de presque tout.  Presque.








dimanche 2 novembre 2014





Les os de ma nuque ont 71 ans.  Mon oreille gauche est bouchée.  Ma gorge s'irrite et s'assèche très vite.  Quelle idée de dormir tout croche.  Je m'étais dit que ça passerait, pour l'ouïe.  L'oreille et le gosier sont reliés.

Ne pas bouger.  Craindre tous les bruits.  Écouter (comme on peut) de la musique.  Regarder le chat, mes ongles, les murs, la taie d'oreiller retrouvée, les colliers suspendus, la vaisselle propre, les petites graines et la poussière qui réapparaissent toujours sur le plancher, la porte, le contenant de jus, mes pantoufles-bottillons, le bambou, le coffre de mes grands-parents.  Se rappeler ce qu'il faut faire demain.  Se demander si on peut aller se coucher à cette heure.

Hier était pire.  Aujourd'hui c'est ok.  Il peut toujours y avoir pire.  Il peut toujours y avoir moins misérable.  Il peut toujours y avoir quelque chose.  Là, c'est correct.

Tirer les rideaux.
Se blottir sous une masse de couvertures.
S'endormir.
Rêver.
D'autres jours s'en viennent.