mardi 25 juin 2019






Des fois t'écris tu vis tu veux que ça marche mais ça marche pas comme ça tu recommences tu penses tu vis tu penses que tu vis mais tu survis juste alors tu recommences tu penses moins tu sens plus et des fois ça ça change tout











samedi 15 juin 2019







La musique explose dans ma poitrine et me donne une impression de fin du monde.  Je ne comprends pas ce qui se passe ni pourquoi cette voix se démène, ce qu'elle dit ni contre quoi elle se bat.

Moi je me bats contre l'apesanteur.  Contre ce que je n'ai jamais connu.

Ce qui reste en sourdine peut être dangereux.








dimanche 9 juin 2019





Ma meilleure amie Marie-Claude s'est mariée hier avec un chic type du nom d'Antoine.  Entre autres qualités, il est plutôt calme et ne semble pas trop s'en faire ou s'énerver avec grand-chose, il a de bons goûts musicaux et danse très bien.  J'espère que tout ça va déteindre un peu sur mon amie.  Je dirais que depuis qu'ils sont ensemble, elle a une plus grande ouverture musicale, même si elle trippe encore beaucoup trop sur le répertoire redondant de l'entièreté des chansonniers québécois.

Pour l'occasion, j'ai agi en tant que demoiselle d'honneur.  Elle m'a aussi demandé d'écrire et de prononcer un discours portant sur elle.  Je vous le partage ici.


*****



Marie-Claude et moi, on s'est connues à Edmundston, au Nouveau-Brunswick.   On avait environ 4 ans.  Nos maisons étaient à peu près à 38 secondes de marche l'une de l'autre, et j'étais pas mal toujours chez elle.  On s'est suivies de la pré-maternelle jusqu'au secondaire et même pendant notre première année d'université.  Enfant, je pense que j'étais plus amie avec Jolène, sa petite soeur, mais à l'adolescence, Marie-Claude et moi on s'est rapprochées.

Marie-Claude n'a jamais été tomboy, comme on disait dans le temps, mais elle n'était pas une fille ultraféminine qui s'intéressait tant au maquillage ou à la mode non plus.  Et les garçons, c'est venu sur le tard, elle ne semblait pas s'y intéresser.  Puis Pacey, de la série Dawson's Creek, est apparu dans sa vie et elle s'est mise à être plus bavarde au sujet de ses préférences en matière d'hommes.  C'était donc une late bloomer, mais elle s'est rattrapée par la suite et finalement, elle a eu plus de chums que moi!

Pour bien illustrer son manque d'expérience et son malaise face aux gars, je mentionnerai simplement son premier chum, qu'elle a eu quand on avait 14 ans environ.  Leur relation s'est résumée à se tenir par la main et à passer le moins de temps possible juste les deux ensemble.  Un midi où notre amie Sara ne pouvait pas les accompagner au McDo pendant l'heure du dîner, elle m'avait suppliée d'y aller avec eux parce qu'elle ne voulait pas être toute seule avec lui.  Si je me souviens bien, elle m'avait même payé mon trio.

Je pense que c'est durant notre première année d'université que les garçons sont vraiment devenus un sujet de conversation entre nous deux.  On était de moins en moins sages et on rencontrait du nouveau monde, on passait beaucoup de temps au café étudiant et à La Cheminée, le pub étudiant.  C'était une époque excitante remplie de nouveautés et d'expériences grisantes.  Pour moi, c'est à la fin de notre deuxième session qu'elle est passée d'amie proche à confidente attitrée.

Il faut dire par contre que Marie-Claude n'est pas du genre à s'étaler sur ses sentiments.  Avec elle, ce sont plus les faits qui comptent.  Elle est du genre action-réaction.  Ses gestes parlent beaucoup.  Je suis encore étonnée parfois de constater que de toutes mes amies d'Edmundston, c'est avec elle que je continue d'entretenir une correspondance plus soutenue.  Jadis, avant Facebook, on s'appelait même assez régulièrement et ça nous arrive encore de le faire à l'occasion.  J'aurais pas cru ça d'elle.  Le lien qui s'est créé entre nous en est un que j'apprécie et que je chéris particulièrement.

Elle m'est arrivée à quelques reprises avec des projets un peu farfelus, qui étaient réfléchis, mais qui arrivaient un peu de nulle part.  Par exemple, il y a eu la fois où elle a pensé pendant environ 15 minutes de venir étudier ici à Québec, soit le temps de s'inscrire à l'Université Laval et de se trouver une job d'été, puis a changé d'idée après une semaine pour reprendre son plan initial de faire son bac en éducation au Nouveau-Brunswick.  Elle est éventuellement déménagée à Moncton pour compléter son bac et elle a travaillé quelque temps comme prof.  C'est pour ça que j'étais à moitié surprise quand elle m'a annoncé en 2010 qu'elle avait décidé d'entreprendre des études en médecine.  Il faut dire que je l'ai jugée un peu aussi de s'embarquer là-dedans à 25 ans, après tout, c'est un gros projet!  Je peux juste l'admirer pour sa persévérance de ce côté-là.

Je parle de sa persévérance, parce que de la patience, ça il lui en manque un brin de temps en temps.  Avec elle, il faut que tout aille vite, ou du moins à son rythme à elle.  Ça m'est arrivé à quelques reprises d'appeler nos amis à la rescousse quand elle m'annonçait une visite prochaine à Québec, question de ne pas être seule à la gérer dans son emportement quant au déroulement des activités.  Parce que tout doit se passer de manière efficace quand elle est là.  Les discussions doivent se succéder sans temps mort.  Et elle est toujours à la recherche DU sujet qui amènerait un bon débat.  Elle aime ça s'ostiner!

J'étais très contente et touchée quand elle m'a demandé d'être une de ses demoiselles d'honneur.  Et ça m'a fait plaisir d'accepter, d'abord parce que c'était pour elle, ma meilleure amie, et surtout parce que je savais qu'avec elle, ce ne serait pas compliqué.  Je me doutais bien que le magasinage, ce ne serait pas long, et que ma tâche serait légère!  Pas de niaisage!  D'ailleurs, je sens qu'elle a probablement hâte que j'abrège alors je vais finir ça là-dessus.  😄


*****



La star de la journée.





mercredi 5 juin 2019





Tout de suite.

Tout de suite, je veux m'immobiliser dans ta tête.
Tout de suite, on veut s'immobiliser dans vos têtes.

Tout de suite.
Déjà.

Mais je ne me laisserai pas aller trop facilement.

Je ne me laisserais pas aller facilement si j'étais moi - et je suis moi - alors je ne me laisserai pas aller.  Pas si facilement.  Pas trop.  Pas tant trop.

Mais tout de suite, toi, dans ta tête, toi tu peux.  Parce que pourquoi toujours moi?
Et nous toutes, dans vos têtes.







vendredi 31 mai 2019






Choses sur lesquelles on peut toujours compter en ce bas monde car elles reviennent tout le temps : 

  • les comptes à payer
  • la faim
  • la saleté
  • la poussière
  • la bêtise humaine
  • la publicité
  • les modes
  • les poils
  • les préjugés
  • les jours de la semaine
  • les mois
  • les discussions sur la température
  • la fatigue
  • le doute
  • l'émission Découverte








jeudi 30 mai 2019





Il n'y a rien comme être paumé pour prendre l'habitude de ne rien gaspiller et cultiver l'art de tirer profit de tout ce qui traîne dans un frigo ou un garde-manger.  La pauvreté peut stimuler l'imagination  et engendrer une débrouillardise culinaire encore là insoupçonnée chez certains individus, dont moi.

Extraits de monologues intérieurs captés lors de fouilles dans ma cuisine :

«Ma foi, cette cacanne de pêches achetée il y a une décennie et bêtement ignorée depuis me semble toute désignée pour un succulent déjeuner ce matin.»
«Ces pâtes longues débordant de leur emballage fendu durant l'un ou l'autre de mes deux précédents déménagements rempliraient sans aucun doute ce creux qui pèse dans mon estomac.»
«Le beurre, cet ingrédient passe-partout, vraiment.»
«Ouais ben fuck le guide alimentaire canadien hen, peu importe la version.»
«Va-quoi?  Variété?  Sooooo overrated!»
«C'est le moment ou jamais de devenir végétarienne, ou même vegan.» 
«Meuh non, ces céréales du troisième âge ne sont pas sans saveur ni texture, voyons...» 
«Cette portion que je mangerais sur-le-champ puisque mon appétit n'est pas satisfait fera un excellent repas demain, oui oui.»

Notez bien que ce genre de situation peut également aiguiser les sens de l'autodérision et de l'exagération.










samedi 25 mai 2019







C'était en janvier 2017.  Mon psychiatre me l'avait proposé, m'avait fourni de la documentation, m'avait laissé du temps pour y penser.  Il m'en avait déjà parlé lors d'un précédent épisode dépressif majeur, m'avait demandé de considérer cette avenue.  J'y avais réfléchi, puis j'avais refusé.  À l'époque, j'ai eu trop peur.  Mais il y a deux ans, j'ai décidé de tenter le coup.  Dans ma tête, il n'y avait alors plus d'autre option possible.  À part mourir.  Partir, juste arrêter.  Tout.

Je précise : on ne m'a pas forcée.  J'ai été conseillée, épaulée, mais je n'ai senti aucune pression ni obligation de la part de qui que ce soit.  On m'a fait signer des papiers pour confirmer que je consentais au traitement, lequel je pouvais cesser à n'importe quel moment.  Malgré mon état d'engourdissement et le fait que j'étais en train de me noyer dans un néant total, mon choix était éclairé.  

Une fois ma décision prise, il y a eu des semaines d'attente.  J'ai continué de m'informer sur la procédure et j'ai rencontré le psychiatre qui se chargerait de moi.  Il m'a mise en confiance.  Je me souviens m'être dit que ce devait être un peu comme ça, attendre une greffe.  Espérer trouver dans l'usagé quelque chose pour repartir à neuf.  Un organe étranger pour se sauver.  Moi je misais sur une réinitialisation du mien.  Je me sentais coupable de souhaiter passer en premier, je me disais que mon cas était moins grave que d'autres.  Mais je voulais que ça se fasse, et vite.  Je m'imaginais que c'était comme anticiper la chimio ou la radiothérapie.  Rêver au traitement sensé raviver les molécules défectueuses, sensé détruire le pourri.  Puis je me sentais coupable parce que je me disais que ce serait du gaspillage de temps et de ressources médicales si ça ne fonctionnait pas.  Parce qu'il y a toujours l'éventualité que ça ne change rien.

Je désespérais : est-ce que quelqu'un, quelqu'un, quelqu'un, est-ce que je vais, à un moment donné, retrouver le goût, le quelque chose, l'envie, la vie?  Je voulais mordre.  Me geler.  Dormir.  Effacer tout.

En mars, on m'a appelée pour m'annoncer que les séances débuteraient bientôt.  Je suis alors vite embarquée dans ma nouvelle routine matinale : trois fois par semaine, ma mère et moi nous rendions à l'hôpital à l'aube.  On venait me chercher et elle m'attendait de l'autre côté des portes battantes.  Je me déshabillais, j'enfilais une jaquette.  Une infirmière me perçait le bras et me barbouillait les tempes de gel.  Couchée sur une civière, j'attendais mon tour dans le corridor puis on me faisait rouler dans la salle d'opération.  J'observais l'anesthésiologiste m'injecter une puissante drogue.  Je m'endormais.  Je me réveillais.  J'attendais qu'on m'enlève le soluté.  Je me rhabillais.  Je ressortais dans l'air froid et piquant de l'hiver.  Je rentrais chez moi.  Je me lavais les cheveux pour enlever le gluant.  Puis je me recouchais pour essayer de faire passer le mal de tête.

À mon réveil la première fois, l'infirmière m'a dit que ça s'était bien passé.  Que j'avais bien fait ça, que j'avais bien «convulsé».  J'avais trouvé la remarque particulière.  Je m'étais demandé si je devais la prendre comme un compliment.  Mais je devais la croire sur parole, parce que j'en avais aucune idée.  Il me prend parfois des envies d'avoir vécu le choc.  D'avoir senti les secousses.  Comme les gens dans le temps.  Puis je me ressaisis et je me dis que ça n'a sûrement rien d'agréable, gigoter sur une table devant des inconnus tandis qu'on nous charge du courant dans le corps.

Je ne revisite pas souvent cette période.  Elle demeure très floue pour moi et elle restera incomplète à jamais.  Il m'en manque des bouts.  Il ne me reste en tête que la pénombre du petit matin, les tas de neige bleu gris, le stationnement glacé.  Les murs laids de l'hôpital, les corridors muets.  J'avais été prévenue que les chocs pouvaient entraîner des pertes de mémoire.  C'était une de mes plus grandes craintes face au traitement.  Je ne voulais pas qu'on me dérobe des moments qui m'étaient précieux, mais plusieurs heures de ma vie se sont envolées.  Elles ne m'appartiennent plus.  J'avais l'intention de tenir un carnet tout le long du traitement.  Je l'avais débuté la veille de la première séance.  Je n'ai écrit que trois ou quatre fois dedans.  C'est qu'on a ni force ni concentration entre les décharges.  

Je ne me rappelle plus à quel moment j'ai commencé à perdre la carte.  Beaucoup de jours n'ont pas eu lieu pour moi.  Puis ce samedi-là est arrivé et plus rien n'a eu de sens.  J'ai confondu mes parcours d'autobus habituels.  Je me suis embarrée à l'intérieur de mon propre appartement.  J'ai oublié le chemin pour retourner chez moi après le cinéma. Comment bouger et reprendre mon souffle après un cauchemar.  Un bout de mon esprit s'est sauvé avec des informations cruciales que je croyais pourtant indélogeables en moi. 

On a décidé de mettre fin au traitement avant la date prévue.  Je me souviens que c'est mon parrain et ma marraine qui m'ont accompagnée à l'hôpital cette fois-là.  Ils m'ont ensuite amenée chez eux.  Nous avons fait un casse-tête.  Le reste est un grand trou.  Il n'y a pas eu d'avril pour moi cette année-là.  J'ai été déstabilisée par tout ce vide, qui n'était pas comme celui que je ressentais avant.  Encore aujourd'hui, quand je pense à ces ellipses, j'ai le vertige.  Les morceaux qu'on m'a arrachés me manquent parfois, même si je ne sais même pas à quoi ils se rattachent.  

Malgré que tout ait dégringolé, les électrochocs ont eu des effets bénéfiques sur moi.  Je me porte mieux depuis.  Je n'ai pas rechuté.  Je ne saurai jamais vraiment si c'est uniquement grâce à ça.  Je ne sais pas non plus si mon mal reviendra un jour ou si j'aurai à nouveau besoin du traitement, ni si j'accepterai de le subir à nouveau.  Ça a été pénible.  Ça a été freakant.  On aurait dit que je me chamaillais avec quelqu'un, quelqu'un qui prenait toute la place lorsque j'étais allongée et branchée, quelqu'un qui partait avec toute ma lucidité et mes souvenirs.  C'était comme si on se disputait mon corps.  Cette personne voulait rester et moi je voulais revenir.  Parce qu'après tout, comme beaucoup d'autres gens suicidaires, je ne voulais pas mourir.  Je voulais être bien.  Ne pas souffrir.

Maintenant je le suis.  Pour l'instant je ne souffre pas autant.  C'est peut-être temporaire, mais je suis en train de battre mon record de longévité de bien-être.  Et si ça durait encore longtemps, ou même infiniment?