mardi 10 juillet 2007

Virevoltent et volent des oiseaux de craie. Dessins de poudre dans ma tête, comme sur les tableaux d'école. Tout s'efface. Mais je me surprends toujours à réécrire. Encore. La même chose. Des «semblablités». Tout d'avant moi explique pourquoi je me moque des jardins de truffes maintenant.

J'ai misé sur ta voix parce que la mienne je n'y tiens pas. Mes yeux regardent des trucs qui les brûlent. J'ai compris l'absence d'innocence. Aucune brise ne m'a réappris l'alphabet, et les baleines qui dansent sur tes cordes me chavirent l'esprit. Je ne pourrai plus parler...

Et si moi, je n'ai pas envie de tout ça? J'ai pris mes habitudes et les ai battues de mes deux bras, de mes trois forces. Certaines reviendront avec leur front et leur culot. J'ai choisi de me replier, fais-en de même je t'en supplie. Je ne veux pas être la seule, pas une autre fois. Une innombrable fois.

Quelque chose coule et ça ne devrait pas. Est-ce que je me remets à oublier le sommeil? Je ne dois pas rêver. Ce serait trop grave. À la place, je vois des couteaux s'enfoncer, des nez se faire broyer. Et je grimace. Ce que je donnerais pour aimer quelqu'un ces temps-là...

Impossible, immédiat, incroyable. Ou presque. Les pommes gargouillent et mon ventre pousse. Tu sais ce que je ne t'aurais jamais dit?

Je ne t'aurais jamais dit à quel point j'en avais besoin.

samedi 7 juillet 2007

Voici, voilà, le dernier de mes textes «anciens» que je veux partager. Cet écrit est inspiré de la toile Retour d'Italie no 2, de Marcelle Ferron.


Gribouillis

En début d’après-midi, Simon s’installa sur une des énormes chaises de la table de cuisine et étala tout son attirail : des crayons, du papier, des ciseaux. Puis il gribouilla, sans s’arrêter. Ses yeux se plissaient sous l’effort et la concentration. Il était si absorbé par son coloriage qu’il ne percevait aucun bruit dans la maison.

Simon appliqua beaucoup de rouge. Il découpa de petits carreaux de papier blanc et les tassa plus loin sur la surface noueuse de la table. Ensuite, il saisit le crayon bleu et répéta les mouvements qu’il avait exécutés avec le rouge. Plus il garnissait la feuille, plus il souriait. Mais toujours, il gardait ses yeux à demi-fermés et scrutait la progression de son dessin.

Sa mère entra dans la pièce. Simon se tourna vers elle et la regarda. Elle avait les paupières gonflées, le menton bas et les épaules arrondies. Elle se tenait les mains, les tortillait. Elle les gardait près de son ventre, tirait un peu sur son chandail. Elle s’avança vers son fils, s’arrêta dans la lumière que laissait entrer la grande fenêtre à sa droite. Les lèvres du petit se pincèrent, puis il lui dit :

- J’ai été gentil.

- Simon, va en bas, mon chéri.

- Je n’ai pas fait de bruit. J’ai fait un dessin. Tu veux voir?

- Simon, en bas, s’il te plaît. Avant que Papa… Papa n’est pas content…

Le garçon ramassa ses effets, descendit de sa chaise puis leva le visage vers sa mère. Les yeux arrondis, pleins de larmes, il murmura :

- Mais, j’ai été gentil…

- Je sais, mon chéri…

La femme lui caressa l’épaule. De son autre main, elle froissait toujours son gilet. Des pas résonnèrent dans les escaliers tout près de la cuisine. Simon se tassa vers la gauche pour voir son père descendre les marches en titubant. Il entendit aussi sa respiration, lente et forcée, comme s’il était à bout de souffle. L’homme se plaça derrière sa mère. Il posa les mains sur ses hanches et renifla avec bruit.

- Fiston.

Simon avala sa salive avec peine, baissa les yeux, serra son dessin et son étui à crayons contre lui puis se rendit au sous-sol.

Simon devait avoir mis deux ou trois heures à parfaire son dessin. Son père n’avait pris que sept secondes pour le déchirer. Maintenant que le petit garçon en avait ramassé tous les morceaux et les avait disposés par terre, sur les lattes défraîchies qui servaient de plancher au sous-sol, le tout ressemblait à un navire en pleine tempête. Le papier semblait en lambeaux, comme si la pâte provenant de l’arbre était à peine mûre pour son utilité future.

Il s’assit devant les débris et regarda autour de lui, dévisagea les murs qui l’entouraient. Son père était remonté. Simon essuya ses larmes du revers de sa manche. Il porta son attention sur l’armoire située en face de lui, et fixa les bibelots disposés sur les étagères de verre. Il fourra une main dans sa poche de pantalon et sortit les carrés qu’il avait découpés plus tôt. Il éleva son bras au-dessus de son chef-d’œuvre déchiqueté puis laissa s’échapper les bouts de papier. Certains rejoignirent les restes du dessin, d’autres se coincèrent entre les planches de bois.

Simon se leva et se dirigea vers le fond de la pièce où se trouvaient les animaux en pierre. Il se rappela les avoir admirés chaque fois que lui et ses parents rendaient visite à sa grand-mère, aujourd’hui décédée. Son père lui avait souvent répété de ne pas courir devant l’étalage parce qu’il risquait de tout casser. Il ouvrit une des portes vitrées et s’empara d’un mouton. Il l’inspecta, le fit tournoyer et figea ses yeux dans les fausses orbites de l’objet. Il le serra fort entre ses mains, se tourna et lança le mouton de toutes ses forces. Ce dernier se fracassa contre le mur en face. Un bout de patte atterrit sur les fragments de dessin. Simon croisa les bras sur sa poitrine et pinça ses lèvres.

Son front se plissa tandis qu’il observait les dégâts. Il se retourna et empoigna de sa main droite une vache sculptée dans le roc. Simon la jeta contre le mur. Il réserva le même sort aux autres bêtes inanimées de la collection.

Son saccage achevé, il referma le meuble. Il avança à pas lents vers le centre de la pièce, où son dessin gisait toujours, entouré de membres des sculptures assassinées. Sans perdre des yeux l’espèce de champ de bataille qui s’étendait devant lui, il s’agenouilla puis s’allongea sur un coin du plancher non encombré. Il se recroquevilla et coinça ses jambes entre ses bras.

Puis il s’endormit.

(Avril 2007)

vendredi 6 juillet 2007

J'ai choisi. Je ne m'y arrêterai plus. Je passerai par là, sans doute. De temps à autre, dans les recoins, je ne pourrai m'empêcher de m'y retrouver. Mais d'y stopper? Non. Je ne visiterai plus ce motif.

Tordez mes idées, si ça vous chante. Elles demeureront ce qu'elles sont dans mon esprit à moi.

Il ne faut plus, il ne faut pas. Alors je ferai.

lundi 2 juillet 2007

Dans la vie, il y a le paradoxe de ce qui est gros et de ce qui est petit.

Parfois, entre ce qui est gros et ce qui est petit, les gens remarquent l'énormité en premier. Ce qui saute aux yeux tellement ça prend de la place. Genre un éléphant. Une limousine. Une personne corpulente. Des gros seins. Une immense baraque. Une piscine olympique. Le Mont Everest. On y va pour la taille, pour la prestance, pour le volume, pour ce qui crie son existence, pour ce qui déplace tout. Parfois.

D'autres fois, les gens préfèrent miser sur le discret. Ce qui passe inaperçu, ce qui se dissimule bien, ce dont on n'a pas besoin de parler tellement ce n'est à peu près pas dans nos vies. Genre un nain. Un un et demi. Un chihuahua. Un téléviseur treize pouces. Des souliers de taille cinq ou six. On baigne dans le tout petit, et on se sent à l'aise, dans notre vie en mini. Certaines fois.

Mais encore là, le minuscule attire l'attention. On a tous déjà réagi devant de trop petites portions au restaurant. Ou face à un nain. En entrant dans une Smart. En marchant sur un trottoir trop étroit. Nous nous sommes déjà plaints de notre absence de poitrine ou de la petitesse d'un membre viril.

D'un autre côté, l'imposant encombre. Que faire d'un frigo qui ne passe pas en travers d'une porte? Ou d'un vêtement trop grand?

Et puis il y a les grandes et les petites actions. Positives et négatives. En amitié comme en amour, il semble que ce soit les grandes qui prévalent sur les petites. On s'aperçoit davantage du bienfait d'un gros geste généreux que des petites attentions quotidiennes. Et on s'indigne tout de suite devant une grosse bévue alors qu'on laisse passer les gaffes anodines. C'est plutôt dommage, non?

Durant les cinq dernières années disons, j'ai commis trois énormes bêtises. J'ai bafoué un amour, amoché une amitié et détruit une autre. J'ai subi, je subis et je subirai encore les conséquences de mes actes.

L'amour ne m'adresse plus la parole lorsqu'il me voit. Il fait plutôt semblant de ne pas me voir. Je suis morte de culpabilité l'été dernier et j'ai bûché pendant des mois pour me retrouver. La première amitié, elle n'est plus ce qu'elle était, je n'ai plus sa confiance, et j'ai perdu des moments tendres de complicité et de fous rires. Mais elle est peut-être la seule des trois à subsister à mon erreur. La seconde, tout s'est évaporé. En une discussion. Je n'ai plus de nouvelles depuis, je n'en aurai probablement plus jamais.

Les trois me manquent. Atrocement, à l'occasion. Pourtant, pour ces trois personnes, j'ai été là. Je vais vous épargner toutes les bontés que je leur ai distribuées, elles ne valent pas la peine d'être mentionnées, elles étaient minimes et trop banales, semble-t-il. Tout ce qui reste gravé dans les mémoires, autant de ces personnes que des gens qui les entourent, c'est LA faute impardonnable que j'ai commise envers chacune d'elles. L'ultime coup bas que je leur ai décerné.

Je me sers de mon cas pour dénoncer cette distorsion de la grandeur des choses, des faits et gestes, pas pour attirer de la pitié et recevoir des «Oh mais elle est bien bonne dans le fond, cette petite.» Non, je ne suis pas bonne. Parce que je vais continuer d'en faire, des conneries. Je suis humaine, bâtard. Et l'humaine en moi préfère ne rien oublier, ne rien favoriser. Car bien souvent, les petits pas sont plus significatifs que les grands.

dimanche 1 juillet 2007

Mises à jour de mon existence:

  • Mon appartement est enveloppé d'une nouvelle intimité. De jolis rideaux ornent les fenêtres de la cuisine et de ma chambre. Je peux désormais me promener nue d'un bout à l'autre de l'appart sans avoir peur que les voisins en arrière me surprennent du haut de leur balcon, et je ne me fais plus réveiller par la lumière du soleil à 6h du matin!
  • Henriette Lamontagne et Doris Laliberté sont à mon service depuis une semaine et quelques jours et je les vénère de savoir si bien laver et sécher mes vêtements et autres.
  • J'ai mis Gravity's Rainbow de côté après en avoir lu la moitié. Le reste, je le lirai à temps perdu. Parce que 760 pages de bombes, d'obscénités et de trucs scientifiques et/ou technologiques, c'est lourd, à la longue...
  • J'ai débuté la lecture de Sheila Levine est morte et vit à New York, de Gail Parent. C'est décapant. Et cette Sheila est trop pathétique...
  • J'ai été une salope encore une fois dans ma vie.
  • Le Festival d'été débute ce jeudi. De nombreuses soirées passées à m'ensorceler de musique et de foule en perspective...
  • Je suis en pleine réflexion à propos de ce qui est bien ou mal, des abstentions et des permissions, de la solidarité, de la prise de position et de la loyauté.
  • Je me suis remise à rédiger mentalement de courtes phrases anodines.
  • Je suis à la recherche d'une nouvelle scène pour Thomas et Sophie, ou leur entourage.

Je crois donc avoir quelques raisons de me tenir en vie pour les prochaines semaines.

vendredi 29 juin 2007

Pour vous, un autre texte, plus récent celui-là. Je n'y suis pas particulièrement attachée, il me rappelle surtout à quel point je bûchais pour écrire cet hiver, rien ne me satisfaisait, tout était à peu près de la merde. Cet écrit est basé sur un exercice ciblant le personnage fait en classe en février 2007.


Nat

Nat émerge tranquillement d’une torpeur douloureuse. Il fait noir, trop noir. Elle entend un violon au loin jouant une musique très lente, triste, presque ennuyante. Les pleurs d’un enfant viennent briser la langueur de l’instrument.

Nat a froid. Elle sent sur sa peau la fraîcheur du métal qui lui coince les poignets. Elle aimerait repousser la tresse qui lui chatouille le menton, mais en est incapable. Son épaule droite la fait souffrir; elle ne sait pas depuis combien de temps elle gît sur ce qui semble être du ciment inégal.

Elle ignore beaucoup de choses, en fait. Comme la température, dehors, et la date d’aujourd’hui. Ou encore la raison pour laquelle l’enfant hurle. Ce qu’elle a fait pour s’éveiller dans cet endroit. Et aussi l’identité exacte des créatures qu’elle perçoit bouger près d’elle. Les bêtes en question frôlent et dérangent son chandail ample, produisent un couinement glauque. Des rats, se dit Nat. Elle grimace. Elle se sent tanguer d’avant en arrière à l’occasion. Est-elle dans une cale d’un quelconque bateau? Où sont ses parents?

Puis elle se rend compte que la complainte du violon a cessé. Elle discerne des voix d’hommes, elle les imagine qui s’approchent d’elle. Elle n’en reconnaît aucune et ne saisit rien de leur échange. Elle ne peut même pas deviner à combien d’individus appartiennent ces tons agressifs. Nat tremble. Ses quatorze ans lui disent qu’elle est trop jeune pour être violée. Mais peut-être a-t-on abusé d’elle durant son sommeil? Elle ne se souvient de rien.

Les hommes s’éloignent en aboyant. Le bébé poursuit ses lamentations, encore plus fort. Au même moment, le violon entame un air différent mais, comme le précédent, il est sans rythme. Nat ne peut retenir les larmes qui lui montent aux yeux. Il faudrait bien qu’elle sorte d’ici un jour, même si «ici» n’est que noirceur et bruits, et qu’elle ne sait pas où aller pour s’enfuir.

Elle s’efforce de se remettre sur ses pieds. Elle ne réussit qu’à sa troisième tentative, le sol s’amusant toujours à la bercer. Les murs qu’elle ne voit pas se mettent à grincer. Leurs plaintes, ajoutées à celles du bambin et du violon, lui enflent les oreilles. Elle fait quelques pas, les genoux pliés et le haut du corps penché vers l’avant. Son front se cogne contre une paroi glacée. Elle recule d’un geste brusque, puis tente de s’y appuyer. Elle s’aperçoit qu’elle est à bout de souffle, elle s’accorde donc quelques secondes pour retrouver une respiration normale.

Mais Nat suffoque toujours. Et elle ne peut s’empêcher de hurler : «Au secours!». Plusieurs fois. Puis elle frappe le mur avec ses menottes trop serrées. Son corps penche vers la gauche et les bruits sourds de la cale—elle est maintenant certaine d’être sur l’eau, à l’intérieur d’un navire—recommencent. Elle frissonne, encore plus qu’avant.

Elle entend le son d’une clé qui s’active dans une serrure. Des poignes fermes se posent sur ses bras et la font s’asseoir sur le ciment froid. Elle parle, demande qui est là. Les hommes conversent dans une langue qu’elle ne comprend pas.

Nat pleure. Un des hommes se met à rire. L’écho de ses gloussements la fait frémir. Les autres se joignent au ricaneur. Elle se demande ce qu’ils ont fait du bébé, il ne chiale plus.

Puis Nat voit rouge. Nat s’évanouit.