mercredi 24 décembre 2008





Il est quatre heures du mat', et je ne dors pas. Le chat non plus, et je lui fais peur quand je lui demande s'il veut retourner se coucher. Ce félin est beaucoup trop nerveux.

J'ai mangé trois clémentines. Bu un peu d'eau. Changé la litière (parce que ça pressait, , faut croire). J'ai regardé dehors, me suis questionnée quant à savoir s'il faisait froid. En face de l'ordi, tout à côté de la fenêtre, c'est pas très chaud en tout cas. Et je me demande pourquoi je ne suis pas couchée sous mes six ou sept couvertures, à flatter M. Gris.

Je suis en état d'appel, on dirait. J'ignore ce que ça veut dire vraiment, mais ça me semble approprié.

Ce sera bientôt l'anniversaire de quelque chose. L'anniversaire de bien des choses, et de gens. Mais les choses y'a que moi qui les fête. Je suis stupide.

Dans quelques heures, je pars pour Thetford Mines, la contrée de l'amoureux. Ce sera une première pour moi. Et demain, Beloeil j'arrive. Qui sait comment le tout se passera. Il ne faut rien que j'oublie.

Mon frère me manque, en ce moment. Je pense à lui et je me dis que je ne sais même pas si je le verrai durant le temps des Fêtes, cette année. J'irais bien m'entraîner avec lui.

Bon, suffit maintenant. Au lit.





mardi 23 décembre 2008






La libération se fait douce. Je ne m'emporte pas, je ne crie pas «Victoire!», parce que je n'ai rien gagné. Et atteint si peu. C'est fou ce que le chemin est long, parfois. Alors que tout ce qu'on veut, c'est se glisser sous sa peau et s'y sentir bien. Au chaud.

Noël me fait peur. Je n'ai pas envie de ce temps de l'année. Je ne veux pas raconter aux oncles et aux tantes que je vais bien et que tout est réglé maintenant. L'hypocrisie m'étouffe un peu, et je ne souhaite pas me diluer derrière la mienne. Je vais donc raconter la vérité: «Être là-bas, ça faisait chier. C'était long et vraiment plate. J'ai lu, j'ai lu beaucoup. On m'a prescrit un nouveau médicament, le lithium, oui oui. Et là, je suis de retour chez moi, et ça m'arrive de me demander où vont aller tous ces efforts, si je vais vivre plus vieille que 32 ans et si je vais aimer ça.» La description des réactions est à venir.

Mais je me connais, je serai peut-être polie. J'aurai cette excuse-là pour essuyer mes mensonges. Remarquez, je suis sincère lorsque je souhaite de Joyeuses Fêtes ou un joyeux Noël à quelqu'un. Cette personne-là y prend sûrement plaisir, et ce n'est pas parce que je ne suis pas toujours capable d'en avoir que je dois le lui gâcher.

Mais bon. Vivre l'instant présent. Et pour le moment, je vais aller m'étendre sur mon divan. Laisser Ignacio venir s'installer sur mon ventre. Puis je vais tenter de finir le livre que je lis en ce moment. L'intrigue n'aboutit pas. Comme quoi ce ne sont pas tous les Suédois qui puissent m'impressionner.





samedi 20 décembre 2008






J'aurai passé décembre à l'intérieur, dans une chambre de la Clinique Roy-Rousseau du Centre hospitalier Robert-Giffard. Les premières rafales de neige, je les ai à peine senties, j'ai à peine tremblé de voir que le monde redevenait blanc, encore une fois. Un mois irréel.

Je ne me rappelle plus si je tremblais le jour où on a décidé de m'amener là. Mais je sais que j'ai eu peur. Des couloirs laids, du silence puis des quelques phrases perçues ici et là, de toutes ces portes blanches aux poignées anciennes, de la femme qui m'a demandé d'enfiler le pyjama de la place, et de sortir de mon sac tout ce avec quoi j'étais susceptible de me faire mal. J'avais froid, sans doute, parce que tout ce qui m'entourait l'était.

Je me suis peut-être habituée à cet environnement aseptisé, je ne sais pas trop. Est-ce qu'on se fait à ça? Je l'ignore. Ce que je sais, c'est que j'ai peu à peu cessé de voir de l'austérité partout, d'être effrayée par les murs beiges, par l'homme à la démarche bourrue qui m'appelle Danika, par la femme aux cheveux courts, aux yeux sévères et qui sonne bête peu importe ce qu'elle dit, par les infirmières et les préposés, et que j'ai troqué ma résignation contre de l'acceptation.

Je me suis fait une amie. Elle me fait rire, et souvent nous allons nous entraîner en même temps. Elle a un garçon de douze ans qui lui donne pas mal de misère, et quand elle pleure je ne sais pas quoi faire. Moi je ne pleure pas, les médicaments m'assèchent on dirait. Je n'ai pleuré que lorsqu'on m'a dit que je devrais passer au moins trois semaines sur cette aile.

Je sens que ça aide, ce séjour. Je veux que ça m'aide. Je ne souhaite pas y retourner... Mon psychiatre m'explique très bien les choses, et il écoute, et il semble comprendre. Je le trouve drôle. Et son équipe est très bien. Je suis bien entourée, ç'aurait pu être bien pire... J'ai tout de même très hâte de franchir la grande porte de l'aile 200-est une bonne fois pour toutes.

Est-ce que ça va mieux? J'en sais rien. Ce n'est pas ma vie, ça. Là. Pour l'instant je me sens engourdie. Comme si je devais réapprendre à rire, à sourire. Je vais me taire et observer. Me dénicher mon mode d'emploi personnel. Celui qui fera mon affaire.








vendredi 28 novembre 2008






Je me détache un peu. Je vois au travers de ce qui n'est pas, alors que je cherche à m'éclipser de visions trop claires. Confondant, à la fin.




Je me détache, un peu
Faut-il que tu le saches, l'aveu





JE-M'-DÉ-TACHE, UN-PEU














jeudi 27 novembre 2008





Paraît que c'est Thanksgiving, aux States. Semblerait que j'avais une voix étrange, au téléphone, tout à l'heure. Et que ça cachait quelque chose, un truc que je ne voulais pas dire. Mais je sais pas. J'en ai tant, de ces monstruosités qui me coupent la gorge. Et en même temps je ne suis pas plus folle qu'un autre. Ou une autre.


Ça y est, un petit vide qui me gagne. Y'a ces creux-là qui l'emportent toujours plus que moi. Sur moi. Je n'aurais pas dû me prêter à des jeux de la sorte. Et commencer à me trouver laide si jeune, et grosse.

Un film, hier soir, m'a rappelé à quel point les chatouillements typiques d'un crush font partie de mes autrefois, de mes jadis à moi. Je ne connaîtrai probablement plus les frissons anciennement dus aux garçons, ni les excitations d'adolescente. Dommage, je me sentais si vivante, dans le temps. C'est ça, vieillir? No wonder que je me sens mourir, alors... Certains sentiments ne devraient pas subir ce genre d'évolution. Nous devrions toujours aimer comme des cons, et naïvement. Ou peut-être pas, dans le fond. Ce n'est pas ça, et je ne sais pas le dire.

Je me rabats sur le collage, à défaut d'être douée pour la peinture. Je roule sur moi-même, à défaut d'être quelqu'un d'autre. Je cherche, et toi tu plies dans tous les sens. Merci de me suivre. Je veux sentir quelque chose. Je veux être amoureuse de toi. Je veux atteindre mes autres âges sans penser que ce serait un exploit. Je veux écrire, bordel. Et t'emprunter à toutes les nuits, pour m'endormir contre toi. Parce que quand t'es pas là, ça craint, de se laisser aller au sommeil.



mercredi 26 novembre 2008

J'ai lu, et j'ai aimé:



«Je suis habité ce soir par des sentiments pour lesquels il n'y a pas de mots, et des faits qu'il faudrait expliquer en termes de poussières plutôt qu'en paroles.
J'ai examiné des petits bouts de mon enfance. Ce sont des morceaux d'une vie lointaine qui n'ont ni forme, ni sens. Des choses qui se sont produites comme des poussières.»



- Richard Brautigan, «Poussières», dans La vengeance de la pelouse,
10/18, p. 149.