vendredi 17 septembre 2021

 

C'est une bizarre de dépression.  On dirait que je suis devenue trop lucide, ou qu'on m'a appris trop de trucs, pour mal aller.  Et pourtant.

Cette fois-ci, je me suis forcée à m'activer dès le début de mon arrêt de travail en juillet.  Je me suis trouvée des occupations, me suis planifiée des sorties.  Je me suis levée à chaque matin.  J'ai diminué le nombre de siestes d'après-midi.  J'ai continué d'aller à mes cours de Pound.  Je n'ai rien annulé, ne me suis pas décommandée.  J'ai beaucoup marché.  J'ai même cuisiné à quelques reprises.  Et je n'ai pas lâché, je garde encore le même rythme.

Est-ce que j'en fais trop?  Est-ce que je veux trop fuir mes pensées downantes?  Est-ce que c'est ça qui fait qu'à tous les jours, en fin d'après-midi ou en début de soirée, je craque?  Au même moment, aux mêmes heures, le constat de devoir poursuivre la journée me tombe dessus.  Le constat du temps qu'il reste avant que je puisse retourner me coucher se présente à moi.  Je perds alors mon élan, je ne sais plus quoi faire de moi.  Je fais les 100 pas, je pleure.  Je pique une crise, je me tords les mains.  Des fois je respire plus fort.  L'anxiété me gruge, me donne mal au ventre et cogne dans ma poitrine.  Mes idées dégringolent, rien ne va se régler.

J'appelle souvent ma mère quand je désespère comme ça.  Elle réussit à me calmer.  Je demeure moche en dedans, mais je suis plus détendue.  Après l'hystérie, je suis épuisée.  J'ai parfois mal à la tête d'avoir pleuré trop fort.  Ça prend un certain temps avant que ma raison revienne.

Certaines crises de larmes sont dues à d'autres facteurs, comme par exemple avoir à sortir dans le monde.  Il m'arrive de prendre plus de temps pour me préparer que celui passé dehors.  Ça dépend des activités.  Quand c'est de l'inconnu, c'est pénible.  Comme aller pour la première fois à la boutique Coeur de Loup, que je voulais visiter depuis si longtemps.  Je m'y suis rendue hier après avoir reporté pendant une couple de semaines et l'expérience a été très agréable.  La propriétaire et créatrice derrière tous ces splendides vêtements a été super sympathique et accueillante avec moi.  Je me cherchais un bas de maillot de bain, mais j'étais tellement nerveuse que j'ai essayé des hauts plutôt et quelques autres morceaux.  J'ai dû retourner dans la cabine d'essayage après m'être rappelé ma mission première.  Finalement, je suis repartie avec un mignon haut à pois.  C'est anodin, mais j'étais découragée de moi-même.

Quand je réussis à faire ce qui m'angoissait tant au départ, je me rends compte que je paniquais pour à peu près rien.  Parce que souvent c'est plaisant.  C'est correct de stresser un brin, mais quand ça prend le dessus, ça devient un handicap.  

L'anxiété a rarement raison.  Mais elle te domine et te convainc que c'est toi qui as tort et que tu es un.e incapable.  Elle souhaite t'immobiliser, elle veut que tu l'écoutes et que tu acquiesces.  L'anxiété, c'est une conspirationniste qui se démène à te faire gober ses vérités à elle.  Et elle réussit trop souvent. 




mardi 14 septembre 2021

 

Ta bouche ivre
Boucherie sur ma peau
Ma peau de saveurs

Tes lèvres saoules
Sous les tissus doux doux doux
Doutent de rien

Parfois me manquent
Manquent l'envie la rage
Je suis à genoux





mardi 7 septembre 2021

 




Aujourd'hui, je reviens sur les poils.  Pour résumer, je lutte contre une obsession malsaine envers ma pilosité depuis environ 18 ans.  Dermatillomanie, trichotillomanie, automutilation, appelez ça comme vous voulez.  Je m'arrachais les poils, détruisant ma peau en même temps.  Je me faisais mal, je me punissais, je passais le temps, je voulais être parfaite, sans poil et la peau lisse.  Plusieurs parties de mon anatomie y sont passées.  Je n'ai pour ainsi dire jamais atteint mon objectif, parce que ma peau était toujours boursouflée, gallée, cicatrisée.  Pendant longtemps, j'ai préféré mes blessures aux poils.  Maintenant, je mise sur un épiderme doux et une attitude plus saine envers mon corps et moi-même. 

J'explique ici un peu comment je procédais.  Vous pouvez vous référer à l'image ci-dessous pour ce qui suit :

Fait que moi, si le poil ne venait pas du premier coup en tirant, soit avec l'épilateur ou une pince à épiler, ou si seulement une partie se détachait, je me mettais à creuser avec ladite pince pour aller chercher le fil noir.  Je traversais l'épiderme, charcutais le derme et défonçais l'hypoderme, à coups de ciseaux ou de coupe-ongles s'il le fallait, pour finalement retirer jusqu'au follicule pileux.  S'ensuivait une euphorie honteuse, un sentiment d'accomplissement, de pouvoir (sur un crisse de poil, oui) et de victoire (contre un criss de poil, oui).  Venaient avec ça bien du mal, du sang et des crampes.


Coupe transversale de la peau.
Source : sante.journaldesfemmes.fr

*****

Mes jambes, je ne les ai pas épilées depuis la fin d'avril et je n'ai pas l'intention ni l'envie de le faire prochainement.  Je continue de trimmer ailleurs et d'épiler mes sourcils et ma moustache.  On sait jamais pour la suite.

Parenthèse : j'ai toujours détesté les mots raser, rasage, rasoir, épiler, épilation ou l'expression «se faire les jambes».  Moi, je disais que je me «déplumais».  Ça m'évoquait des plus belles images.  N'importe quoi!  C'est peut-être parce que la société nous fait encore associer les poils féminins au manque d'hygiène ou à la saleté, je ne sais pas.  

Pour découvrir mes jambes poilues, j'y suis allée par étapes.  Un demi-mollet à la plage par temps venteux (je me souviens m'être excusée à ma soeur de ne pas m'être épilée, cette fois-là, ce que je n'avais vraiment pas à faire, mais les habitudes, hen).  Puis un mollet trois quarts en leggings à l'entraînement.  Au-dessus du genou en robe à un BBQ chez des amis.  Et finalement j'ai dévoilé mes cuisses en portant des shorts de vélo durant un autre workout.  Après ça, je ne me suis plus restreinte ni gênée pour me promener les jambes all lousse n'importe où.

Pour m'habiller, je me permets vraiment d'y aller avec la température et mes envies.  Je dénude mes jambes s'il fait chaud ou trop humide.  Je ne les cache plus.  C'est presque comme avoir des vêtements neufs, c'est très bizarre!  On dirait que j'ai porté certains vêtements (que j'ai pourtant depuis près de dix ans) pour la première fois cet été.  J'en avais tassé pour privilégier le long et ainsi cacher mes jambes meurtries, ou je les portais seulement chez moi.  Mais on va se le dire : il fait chaud pour tout le monde.  Alors je me sens libérée, oui, d'avoir choisi de ne pas me préparer pendant des heures juste pour enfiler du court avant de sortir en public en pleine canicule.

Je ne trouve toujours pas ça particulièrement beau, et même que je considère que mes jambes sont trop velues.  J'aimerais que ça passe un peu plus inaperçu, mais je suis dans le laisser-aller à ce niveau.  Je l'avoue, il y a quand même eu des situations où j'ai été moins à l'aise de m'exhiber.  Genre pour une première date.  Ou quand je voyais des gens que je sais être plus conservateur à ce sujet.  Mais je me plie à ça (et à leur opinion) de moins en moins.  Notez que je parle de mon corps, parce que n'importe qui peut garder ou se débarrasser de ses poils à sa guise, peu importe de quoi ça a l'air pour les autres.  

Ça a été un peu comme une expérience, cet été.  Je n'ai pas reçu de commentaires désagréables ou blessants.  Si j'ai été la cible de réactions mesquines, c'était dans mon dos ou en mon absence.

Durant les derniers mois, j'ai réussi à ne pas me faire mal et à ne pas ajouter de cicatrices à mes jambes, malgré mes problèmes de santé.  L'anxiété m'a souvent amenée à sortir ma pince à épiler et gratter, gratter.  Dans les derniers mois, j'ai chuté de l'humeur et pourtant, je n'ai pas exagéré côté pilosité.  Je ne suis pas retombée dans ce pattern pour déplacer mes maux.  

Et ça, c'est une victoire en soi.




dimanche 5 septembre 2021

 

Faits : 


  • Ça ne me tente plus d'aller voir l'exposition Picasso. Figures au musée tantôt.  Je vais y aller pareil parce que j'ai déjà réservé mon billet et que c'est gratuit.
  • J'ai plus de difficulté à avaler les petits comprimés que les gros.  Go figure.
  • Les mots les plus souvent répétés dans ma tête : «Je ne sais pas quoi faire de moi».
  • Mon chat Ignacio m'a sacré une claque ce matin parce que je n'ai pas su arrêter de lui flatter la bedaine à temps.
  • Je ne suis apparemment plus capable d'appliquer du vernis à ongles comme il faut et tous mes flacons sèchent trop vite.
  • À part pour de la poutine, mon appétit est quasi inexistant.
  • Mes shorts de couleur verte sont un peu serrés maintenant.
  • Je veux acheter mille toutous.
  • Je pleure (trop) souvent.
  • Je ne sais pas quoi faire de moi.  De ma personne, de mon temps, de ma tête.
  • Je retire très peu de ou aucun plaisir à faire ce qui m'amuse habituellement.
  • Mon état général se définit en gros par : lassitude et déception.
  • Ceci dit, un petit nombre de personnes sont très douées pour me faire sourire et rire.
  • J'apprécie beaucoup ma lecture de American Gods de Neil Gaiman. 
  • Dormir demeure une de mes activités de prédilection.
  • L'espèce de jeu du téléphone entre l'infirmière et mon psychiatre, ou entre la réceptionniste et mon médecin de famille, m'exaspère profondément.
  • Je m'exaspère profondément.
  • Cette liste m'exaspère profondément.
  • Tout m'exaspère profondément.




dimanche 22 août 2021

 


Incohérente
           nséquente
        rruptible
                mpréhensible
    ngrue
         ncevable
         ntrôlable
      rrigible







jeudi 19 août 2021

 


La semaine dernière, j'ai regardé le dernier épisode de l'exquise série Easy, dans lequel on voit Sophie, une actrice partie vivre son rêve à Los Angeles il y a quelques années, débarquer à Chicago, son ancienne ville, pour à peine 24 heures afin d'assister à un événement bénéfice quelconque.  Elle décide de passer au travail de son ex-copain Drew, qu'elle avait laissé derrière au profit d'un rôle dans une série lui promettant potentiellement la gloire.  Elle l'invite à assister à la soirée, puis à se joindre à son ancien groupe de théâtre pour quelques verres, et finalement à aller en prendre un dernier en tête-à-tête.

Tout le long, je me suis demandé si j'aurais le droit de faire ça, moi.  De faire ça, de ressurgir dans la vie de quelqu'un, de prendre de ses nouvelles tout bonnement, de l'inviter à reconnecter?  Est-ce que ça créerait le même effet que ça a eu sur Drew? Ou le même que pour Sophie, qui a osé?  S'est-elle même posé la question?  Parce que je me dis que moi je n'ai peut-être pas vécu de relation assez significative avec quelqu'un, POUR ce quelqu'un, pour qu'une réapparition surprise de ma part ait un impact dans sa journée.  Est-ce que quelqu'un voudrait seulement de mes nouvelles après ne pas m'avoir vue pendant deux ans?

Je sais qu'à l'inverse, je dirais oui tout de suite.  Si quelqu'un de mon passé débarquait, quelqu'un que j'ai chéri ou qui a été important pour moi, se présentait devant moi et m'invitait à catcher up, c'est sûr que je me libèrerais.  Possible que je perdrais tout focus pour le reste de la journée.  Que je sois fébrile, complètement bouleversée.  Son retour dans ma vie me chavirerait, même si c'était juste pour quelques heures.  C'est certain que ça le ferait.

Suis-je comme Michael Scott, de The Office, est-ce que j'exagère les liens?  Est-ce que j'extrapole les sentiments des autres, est-ce que j'invente des relations qui dans le fond n'existent que dans ma tête?  J'embellis peut-être les moments complices.  J'accorde sans doute plus d'importance aux instants partagés que les autres personnes concernées.  Les gens deviennent tellement importants pour moi.  J'ai souvent peur qu'il y ait un trop grand écart entre la place que je leur donne et celle que les autres me font.  

J'aimerais laisser une marque indélébile sur ceux qui ne s'effacent pas de mon esprit, de mon corps.  Je ne veux pas qu'on m'oublie.  Je veux m'imprimer en eux.  Qu'ils souhaitent me revoir et que je leur vole un peu de temps dans leur nouvelle vie sans moi.  Qu'ils regrettent un peu que je n'en fasse plus partie.  Même si c'est juste pour quelques heures.

Et une fois au rendez-vous, est-ce que j'aurais le droit de mentionner le passé?  À émettre des si, avouer quelques regrets, encourager l'autre à se confesser aussi?  Est-ce que j'aurais le droit de faire plein de sous-entendus et de prendre des détours pour ne pas hurler ce que j'aurais vraiment envie de dire?  Est-ce que ce serait correct de me sentir si bien en sa présence, et même d'être titillée par la conversation?  De ressentir le thrill des what if? dans mon ventre?  Même s'il ne se passait rien, et que c'était juste pour quelques heures.  Ce serait ok?

Je veux être le chavirement de quelqu'un, même juste pour quelques heures.