vendredi 24 mai 2013





Il fait un temps d'océan étrange. 

Je me rends compte que je ne suis qu'une passagère.  Jamais conductrice.  Par choix, certes.  Des fois du coin de l'oeil je vois des véhicules nous foncer dedans.  Défier les lignes.  Briser les routes.  Nous achever.  Je prends les klaxons beaucoup trop au sérieux.  Je sursaute, me sens visée, concernée, comme prise en faute.  Et pourtant, pourtant... je n'ai rien à voir là-dedans. 

Je ne sais plus ce que je te fais.  Si je t'amplifie ou te diminue.

T'as crié.  Je t'ai entendu je t'ai senti.  J'ai entendu.  T'es mort.  Je ne voyais plus.








vendredi 17 mai 2013




Des fois j'aimerais saisir / capter / enregistrer le moment où tout dérape, où tout dégringole, question de voir s'il n'y aurait pas leçon à en tirer, si on aurait pu faire mieux / si on aurait pu éviter la mésentente / le coup de poing / le commentaire de trop / la bévue / la blessure, voir s'il serait possible de rembobiner / revenir / recommencer / ne pas trébucher.
Après coup on est là, on s'imagine la scène, on se la passe en boucle, on se demande ce qui a pu mener jusque là, on tente de déterminer la seconde exacte où tout a flanché / changé de direction.  Surtout si c'est somme toutes banal / anodin, on ne veut pas que ça prenne des proportions exagérées, on ne veut pas que ça ambitionne, on ne veut pas que ça effrite quoi que ce soit, on ne veut pas.

Je suis contente des fois.  Beaucoup de fois.  Plus-souvent-que-tu-penses des fois.













mercredi 1 mai 2013





C'est la Fête des Travailleurs aujourd'hui.  Moi je dis qu'il devrait y avoir une Fête des Fainéants.  Pour s'en féliciter, vraiment, une fois l'an.  Paresse pour tout le monde.  Paresse gratuite et satisfaisante, gratifiante même.

Nous avons eu froid, vous vous rappelez?  Comme à chaque année (CHAQUE ANNÉE), le soleil et la chaleur sont revenus, le printemps est là et l'été s'installe, malgré les craintes de tout un chacun et surtout de ceux qui trouvaient l'hiver long à partir.  C'est fou ce que plusieurs perdent espoir en des cycles pourtant bien établis depuis des siècles.  Oui, les changements climatiques existent, mais j'ai foi en les quatre saisons et leurs caractéristiques distinctes.

Je n'ai pas écrit en avril.  Constat consternant.  Je me demande si je ne devrais pas me trouver de nouveaux buts.  J'ai peut-être écoulé certains intérêts.  Le problème c'est que je me retrouve devant rien.  Ou pas grand-chose.


«Les confins de l'univers s'éloignant inéluctablement les uns des autres, on se demande ce qui peut rester de solidarité entre les parties extrêmes.»

- Georges Picard, L'hurluberlu ou la philosophie sur un toit, José Corti, p. 69





samedi 30 mars 2013







Pourquoi écrire, si ce n'est pas pour (se) déranger un peu.















mardi 19 mars 2013




Dans les petites rues de mon quartier, la neige tombe moins vite.  Et le vent souffle moins fort.
L'hiver un dernier temps.

Dormir, faner, j'oublie que je peux écrire.








dimanche 17 février 2013






Il m'a regardée.  Comme si j'étais responsable, comme si j'avais à voir avec les progrès de la construction.  Mais je ne fais que passer.  À chaque jour, j'observe, je constate.  Je comprends que c'est lent.  Bâtir un abri.  Loger des êtres.  Protéger des histoires à venir.













vendredi 15 février 2013





Miriam Toews est une auteure que j'aime beaucoup.  J'ai tout lu d'elle et je compte bien tout relire un jour dans la langue originale, soit en anglais.  Son humour et ses personnages me touchent.  Sa dernière publication, Jamais je ne t'oublierai, raconte l'histoire de son père de la façon qu'elle croit que lui-même l'aurait racontée.  Exercice déjà intéressant en théorie, le résultat s'avère remarquable.  Cet homme, professeur adoré et père de famille respecté dans sa communauté, souffrait du trouble bipolaire.  La façon dont Mme Toews parle, à travers Melvin Toews, son père, des périodes dépressives me rejoint beaucoup.  Je partage ici deux extraits.



«La dépression n'est-elle que de la colère retournée contre soi, comme certains le prétendent?  S'explique-t-elle par une perte subie durant l'enfance? par une prédisposition génétique? la haine de soi? l'incapacité à être soi-même? l'absence de finalité? l'incapacité à être libre? la peur de la liberté? le désir d'être libre et confiné en même temps? une arachide avec laquelle on s'est étouffé à deux ans?
  La dépression s'explique peut-être par le fait de se poser trop de questions auxquelles il est impossible de répondre.»

- Miriam Toews, Jamais je ne t'oublierai, Boréal, p. 101



«Dans la maison sombre de la dépression, il n'y a pas de fenêtres par où voir les autres.  Il n'y a que des miroirs.»

- Miriam Toews, Jamais je ne t'oublierai, Boréal, p. 254