samedi 30 décembre 2006

Cher toi-que-je-ne-connais-pas-encore,

Un jour, ou une nuit, nous nous rencontrerons. Ce sera grand. Sur le coup, nous ne saurons pas ce que nos deux consciences auront tramé. Mais peu après, nous subirons le poids de nos deux âmes ne pouvant plus feigner l'indifférence.

Nous nous fréquenterons sur une base de plus en plus régulière. Nous nous lasserons peut-être l'un de l'autre, mais j'en doute. Et puis cet emmerdement sera si passager que nous l'oublierons jusqu'à en nier son existence. Ensemble, nous nous promènerons. Nous danserons. Nous irons dans les bois faire des choses que d'autres n'osent pas. Tu m'embrasseras en posant délicatement ta main sur mon visage. Moi je te caresserai les cheveux. Ou les fesses. Sûrement les fesses. Pour m'endormir, j'appuierai ma tête contre ton torse et me laisserai bercer par ta respiration. Toi tu me serreras dans tes bras, et tes doigts courront sur ma peau.

Nous n'emménagerons pas ensemble. Nos espaces respectifs ne s'envahiront pas. Ou si peu. Chez moi, nous marcherons nu-pieds. Nous ne boirons pas de café. Ni de thé. Juste de l'eau et trop d'alcool. Je te lirai des trucs, étendue sur le sofa, ma tête contre tes cuisses. Tu m'apprendras qu'il y a des années et des années, un certain homme a accompli ceci et que ça a entraîné cela. Tu m'aideras à faire la vaisselle. Et il y aura toujours de la musique derrière nos échanges. Chez toi, je ferai ton portrait, tu t'en moqueras. Je refuserai de te faire à manger. Ou de faire ton lavage. Quand on se reverra, que tu m'accueilleras, à chaque fois, nous célébrerons, parce que c'était trop long, ces jours sans l'autre. Même si dans le fond, toi et moi saurons que nous sommes faibles et incroyablement gagas.

Nous n'aurons pas d'enfant. J'ignore si cela nous conviendra, ou si cela deviendra l'amertume de nos deux vies. Mais nous pourrons alors nous occuper de notre chien danois, de nos quatre ou cinq chats et de notre oiseau minuscule et rabougri, dont nous nous partagerons la garde. Et nous voyagerons. Nous nous perdrons en Grèce, ferons l'amour dans des centaines de cités différentes.

Une ou deux fois, nous nous laisserons. Pensant que l'autre n'est pas, ou que ce devrait... Chacun de notre côté espèrera que l'autre se rende compte de la bêtise. Je me dis que je ferai les premiers pas, parce que je ne voudrai jamais laisser filer la chance d'être avec toi. Ou peut-être parce que j'aurai plus besoin de toi que toi de moi. Ou tout simplement parce que j'aurai moins d'orgueil que toi. Mais non, ce sera toi qui reviendra vers moi. Nos retrouvailles seront sublimes. Je te remercierai d'avoir osé me harceler, d'avoir su être quétaine afin de titiller mon côté petite fleur. Et nous saurons que nous ne sommes pas ensemble pour être avec quelqu'un, mais bien parce que toi et moi, c'est... toi et moi.

Nous vieillirons. Tous les deux, à peu près au même rythme. J'aimerais dire que nous mourrons dans les bras l'un de l'autre, ou que le premier à crever plongera le second dans une peine si immense qu'il ne s'en sortira pas, mais je ne pense pas que ce sera le cas. Après tout, il n'y a rien de romantique dans la mort.

Et voilà, ce sera ça. Nous deux. Bientôt, ou pas.

J'ai hâte de te voir.


dimanche 24 décembre 2006

Attention, je me sens très Grinch en cette veille de Noël. Alors n'espérez pas une retranscription de vos cantiques préférés.


J'aime ma famille, me suis toujours considérée comme étant très chanceuse d'en avoir une et ai longtemps cru qu'être seul en ce temps de l'année, sans proche ni personne, devait être un des pires châtiments qui soit. Mais je vous avoue qu'en ce moment, je souhaiterais m'isoler dans un trou et ne me réveiller qu'en janvier, quelques jours après le premier de l'an. Parce que j'ai un père qui se plaint et s'emporte lorsqu'il y a des fautes d'orthographe dans les bulletins de nouvelles à la télé, ou quand son chien demande trop souvent pour sortir dehors, ou pour toute autre banalité, alors qu'il pourrait très bien «prendre un grand respire» et se dire qu'il y a des choses pires que ça dans la vie. Aussi parce que j'ai une soeur qui fait un peu trop la victime pour ce qu'elle est mitraillée de taquineries de la part des autres. Et parce que mon frère n'est pas au sommet de sa forme tandis qu'il attend pour sa copine malade qui tente de nous rejoindre avec le peu de forces qu'il lui reste. Et il y a ma mère qui... Non, ma mère n'a rien. J'adore cette femme. Son pire défaut est de ne pas se défendre assez. Ou d'en faire trop pour les autres. Allez voir si c'est négatif, ça...


Je disais donc que je m'éloignerais. Probablement parce que je comprends de plus en plus avec l'âge et avec l'expérience (!) que Noël n'est pas un jour plus spécial qu'un autre, quand on y pense bien, et que ça me tente de moins en moins de m'efforcer de m'éclater et de faire en sorte qu'il équivale à des heures de bon temps pour tous, juste pour une date de religion, de tradition ou de consommation. Et aussi parce que je ne veux pas faire subir à personne d'autre une de ces crises existentielles/menstruelles de mon cru que j'ai fait endurer à mon amoureux de l'an dernier. Je planifierai donc un exil pour l'an prochain. J'irai me terrer au loin, prendrai le temps de souffler. Risquer et me rendre en Égypte pour vrai.


Je pense à Gustave, à qui c'est son deuxième anniversaire aujourd'hui, et je suis triste pour lui. Il est encore coincé dans une garde-robe noire. Mais peut-être bien qu'il s'en réjouit.


J'ai le coeur en roche de m'apercevoir que je chiale autant que mon père, et que je n'ai pas de bonne raison pour le faire. Qu'est-ce que je désire, dans le fond? Bah, trop et si peu, tout à la fois... Je sens que nous allons tous pleurer en développant nos cadeaux, tantôt. Il y a une fausse note qui résonne dans ma tête.


Je ne suis pas très fière de ces bleus et de ces mauves qui m'assaillent. Mais qu'est-ce que je retirerais en essayant de les repousser à tout prix? Moi et ma mélancolie... Et c'est sûr que mes songes me ramènent lui et l'autre, et ces quelques-uns. J'aimerais bien un quelqu'un, oui, pour ces jours-ci. Pour me prouver que je n'ai pas qu'une humeur massacrante. Et que je ne pèse pas toujours lourd sur ceux qui m'aiment. Si je pouvais mieux me saisir, des fois... J'ignore ce qui en découlerait. Mais peut-être que. Peut-être.


Je ne vous souhaiterai pas un joyeux Noël ni une bonne année. C'est beaucoup trop commun! Et ces paroles trop souvent répétées se mettent à perdre leur valeur et leur sincérité, selon moi. Mais croyez-moi lorsque je vous dis que je pense à vous. Tous.


Oh, et puis MORT à l'Ensemble Gospel de Québec qui, à mon avis, en arrache (il fallait bien des mots grinçants pour terminer ce billet qui est tout sauf vert, rouge et scintillant).


samedi 16 décembre 2006

Peu importe ce que tous disaient à son sujet, et qu'on la traitait de faible. Pour elle, c'était la fin du monde.

C'était la fin d'un monde. Le bris d'une ère.

Elle savait qu'elle ne marcherait plus comme auparavant. Qu'elle ne danserait plus avec autant d'insouciance. Qu'elle rirait peut-être à nouveau, un jour, mais sans l'éclat qu'on lui connaissait. Et que son sourire servirait d'agréable souvenir pour tous ceux qui l'avaient aimée.

Elle avait planifié une échappatoire. Pour n'avoir à expliquer à personne tout ce qu'elle voyait s'écrouler autour d'elle. Pour fuire, pour s'éloigner de ses propres paniques. Peu de gens semblaient comprendre ces visions qui la torturaient, ni saisir ce qui en découlait réellement. Alors elle avait perdu le goût de se justifier.

Elle se surprenait parfois à souhaiter que ses moments de crise se transforment en véritables psychoses. Question qu'on ne la harcèle plus, et qu'on l'enferme au plus vite. Pour qu'elle puisse se vautrer dans une sacrée institution. Entre des murs où les comportements chimiques dominent. Et où les aiguilles assurent une accalmie envoûtante.

Elle voulait être reconnue folle. Prouver que des chimères lui grugeaient les os. Et qu'elle ne s'en sortirait pas. Pas toute seule. Pas sans...

Et elle criait, la nuit. Pleurait, le jour. Ne dormait plus. Mangeait trop, quand il lui prenait l'idée d'éclater. Ou pas assez, lorsqu'elle désirait se dissoudre dans l'air.

Elle aurait voulu que rien ne finisse, pour commencer. Aurait préféré que tout demeure pareil.

Aurait tant aimé que son monde ne s'affaisse pas. Juste ça.

mercredi 13 décembre 2006

J'étais en train d'oublier son sourire...

Il y a deux koalas qui dorment dans mon salon. La forme des clémentines ne dérange personne. On ne peut blâmer une chose d'être ridée...

L'attente est une de ces heures qui exaspèrent et qui excitent tout à la fois. Devenons grossiers, si nous ne pouvons être amants. Fêter, c'est espérer s'éclater. Prétendre se saouler. Et des fois y parvenir, mais ne plus s'en rappeler...

Une amie change de veste, passe au fumoir. Trois musclés se rencontrent dans un parc, font semblant qu'ils n'ont pas besoin de ces moments entre eux. Il est déjà tard, et j'ai déjà tant dormi. Je me plains de mon sommeil, lorsque je ne peux le faire au sujet de l'autre. Un lit qui incarne trop de dichotomies: rempli/vide, grand/petit, chaud/froid, douillet/aride. Mais ce n'est pas tout ça, dormir...

Il n'y a pas de raison. L'écorce s'effrite. Oh, mais qui est-ce qui a chiffonné l'avenir? Je vendrais quelques souvenirs, pour m'en faire des moins douloureux. Il y a des yeux qui portent bonheur. De la compagnie qui rend joyeux. Un coup de tête qui fait que plus rien n'est correct. Incroyable que l'eau puisse se faire vague. Impensable qu'il ne soit plus là, tout près...

dimanche 10 décembre 2006

Déconcertante, à la fin, cette insatiabilité qu'ont toutes les situations. Parce qu'il faut toujours tout recommencer... J'admets ne pas avoir réussi à saisir à chaque occasion ce découragement qui me gruge devant de déstabilisants changements, à le dépecer, à le brasser et à le mélanger avec la dose suffisante de courage et de volonté, pour qu'enfin il se métamorphose en une portion de motivation bien apprêtée.

Par exemple, en ce moment, j'ignore quelle sera ma prochaine action. Je ne sais pas ce qui devrait être fait. J'ai envie de tout ce qui pourrait être dit. Et je crains ce qui ne voudrait pas être écrit.

Il existe des euphories que j'envie. Des indifférences et des insouciances dont j'aimerais me gaver, pour ne plus tant m'en faire. Je me dis que j'aimerais bien à nouveau me fondre dans une autre peau, pour ne plus creuser la mienne. Trouver autre chose pour m'occuper plutôt que miroiter du satin. Je projette de piétiner le temps bientôt, pour lui apprendre à se convertir à mon rythme, afin de ne plus avoir à me plier au sien.

Oh mais je sens que tout ça ne mènera nulle part. Et même pas ailleurs assez longtemps pour me satisfaire. Parce qu'ici rebondira bien assez tôt. Cependant, peut-être que cet ici est convenable. Peut-être que cet ici est génial, lorsqu'on y revient après avoir visité un ailleurs lointain.

J'abrège à cette ligne-ci, ou à la prochaine, puisque je ne me contente d'aucun autre mot. J'avoue qu'il y a des gens plus doués que moi pour soumettre une fin à tout.

samedi 9 décembre 2006

I dream of things that last
While in some oversized pool
Floating brains crash old memories,
Urging to drown the past

I wish to buy shades of green,
Make attempts at trying
And then after failing, remember to
Show you something you've never seen

I think of my future retreat
At the same time, you blow balloons
Towards my face, laughing and screaming,
Denying it will ever become concrete

I say if all "yes"es lead to a trap,
Why wake up at all?
I'll pick up hippos and zebras
And learn not to fall, plan my next escape

mercredi 6 décembre 2006

Je me reporte à une époque pas si lointaine, à des jours qui font encore partie du calendrier actuel. À peine une ou deux pages ont été tournées.

C'était du temps où un jeune homme me plaisait. Où il m'intrigait avec son teint foncé, avec son sourire adorable, avec ses yeux marron (j'ignore en fait quelle teinte exacte de brun doit être désignée par le terme «marron», mais j'ai décidé que celle de ses yeux est digne de ce nom) qui couraient un peu partout lorsqu'il s'adressait à autrui, et avec son esprit un peu distrait qui le poussait à parler de choses et d'autres qui n'avaient aucun lien entre elles et à questionner quiconque étant capable de satisfaire sa curiosité sur un détail quelconque, mais peu anodin, si on y pensait bien.

Il s'agit de l'instant où, sous l'influence de substances éthyliques, il a choisi de m'embrasser. Il ne l'aurait pas fait sans le coup de pouce de ces vapeurs encourageantes. Il s'agit de mon envie déjà existante de poser moi-même le pareil geste. J'aurais initié le baiser s'il n'avait pas posé ses lèvres sur les miennes. Peu importe à qui la faute doit être attribuée, le fil des événements était déjà bouleversé.

Et puis il y a eu du noir, dû à des paupières trop longtemps fermées pour savourer, à un éclairage faible de fin de soirée, à une promenade sous les quelques réverbères de garde pour la nuit, et à une pièce aux volets fermés. Et puis il y a eu deux ombres qui se sont rapprochées, touchées, appréciées et finalement reposées l'une contre l'autre. Il y a eu des soupirs, des sourires, des nervosités, des souffles apaisés.

C'était du temps où je recommençais à vivre. Où j'étais redevenue plus qu'une fade image de celle que j'étais avant. Où je ne suffoquais plus à l'idée d'être seule, où je n'avais plus envie de me déchiqueter les veines. Je reprenais goût à tout ce qui, autrefois, me faisait vibrer. Je recommençais à penser et à parler la phrase unique qui n'effleure personne d'autre que moi. Je riais à nouveau, je buvais mon chocolat, je me remettais à l'écriture et je me branchais à la musique comme auparavant.

Il s'agit de cet échange devant un café costaricain des plus sophistiqués et un chocolat chaud très mousseux, de ces chansons partagées dans une petite chambre, de ces aveux et de cette entente, de ces baisers volés dans un lit satiné, de cette tendresse, de ces étreintes, de ces paroles chuchotées, de ce ton emprunté qui incarnait toute l'intimité voulue, de ce confort, de cette espèce d'extase, si vraiment j'ai le droit de m'emporter et d'oser qualifier ces heures ainsi...

Et puis il y a eu l'attente de le revoir, étirée par deux semaines de voyage, mais rassurée par des messages envoyés. Il y a eu un retour raté provoqué par une panique précipitée de sa part, ou tout simplement par un constat décevant. Il y a eu une fin, des silences, des explications insatisfaisantes, sa gêne immense et mon espoir démesuré que tout recoulerait comme avant.

C'était du temps où je croyais qu'un lien s'était tissé entre deux êtres. Où je pensais avoir rencontré quelqu'un à l'âme semblable à la mienne. Je connaissais l'intérêt qu'il me portait, ou plutôt celui qu'il prétendait avoir pour moi. Je me disais que son insécurité était ce qui l'avait fait fuir, qu'il avait opté pour l'assurance de ne pas souffrir par peur de se faire prendre au jeu. Jeu que je ne souhaitais jouer qu'avec lui, et non pas à ses dépens.

Il s'agit de cette soirée durant laquelle il a offert de m'écouter. De cet endroit que je jugeais peu approprié. De ce costume rétro qui m'enlevait toute crédibilité. De cette musique trop forte qui nous obligeait à gueuler, parfois.

Et puis il y a eu mes vérités. Il y a eu mon intention de le convaincre de l'aspect minable de sa raison pour vouloir m'éloigner. Il y a eu ses révélations, des malaises, des taquineries, de longs regards, des bras qui se frôlaient. Il y a eu cette lueur qui s'est formée en moi et qui me chuchotait que tout irait pour le mieux, maintenant.

Mais maintenant il ne reste plus que son rejet. Il ne reste plus qu'un écran qui me révèle à sa place que c'est fini. Ne reste plus que ma honte de m'être emballée, mon embarras d'y avoir cru. Il ne reste plus qu'un froid. Il ne reste plus que lui, qui s'en est tiré. Ne reste plus que moi, qui devra m'en sortir. Qui devra le sortir de moi.

jeudi 30 novembre 2006

Un par-dessus et trois bouteilles de rouge. Voilà ce qui traînait sur la minuscule table de bois défraîchi lorsque les hommes pénétrèrent dans la pièce.

Un par-dessus gris cendre et des bouteilles de vin rouge douteux. Les trois étaient ouvertes, une était couchée sur la surface inégale de la table et son contenu s'était déversé sur les carreaux beige du plancher sale. Les bouchons de liège demeuraient introuvables.

Les deux hommes réprimèrent un haut-le-coeur. Une odeur infecte imprégnait l'endroit. Le corps gisait sur le sol, un peu à droite de la petite table, sous une fenêtre trois fois plus haute que large. La lumière du dehors, aveuglante, en transperçait la vitre et se jetait sur le dos du malheureux qui trempait dans son sang.

Un des inspecteurs, le plus petit, contourna le cadavre pour s'approcher du réfrigérateur qui grondait dans un coin de la pièce. Il l'ouvrit en prenant bien soin de ne pas accrocher les pieds du mort avec le bas de la porte. Le frigo était vide. L'inspecteur de petite taille, dont le visage était garni de davantage de poils que sa tête ne l'était de cheveux, toussota en lançant un regard à son collègue. Ce dernier haussa les sourcils et avança vers la masse immobile.

On ne pouvait voir que la moitié du visage du décédé. Il portait un gilet blanc et des pantalons noirs maintenant tout à fait imbibés. Le vin s'étant échappé de la bouteille laissée à l'horizontal sur la table se mélangeait au sang de l'homme, formant un étang épais et créant une nouvelle teinte de rouge. Si ce n'était de tout ce liquide cramoisi et de ces organes intérieurs déchiquetés fuyant vers l'extérieur du corps, on aurait pu dire qu'il s'agissait d'une mort paisible. Les inspecteurs pouvaient effectivement apercevoir un sourire sur les lèvres de l'homme. Ses longs cheveux bruns en bataille cachaient la partie visible de son front ainsi que son oeil.

- T'as vu quelque chose qui pourrait ressembler à l'arme du crime, toi? demanda le petit.

- Non.

- Le malade qui a fait ça l'a quand même pas ouvert avec une bouteille de vin!

Son partenaire se dirigea vers la table, fouilla dans sa poche d'imperméable et en ressortit une paire de gants. Il les enfila et tâta le par-dessus, le souleva. Rien n'était dissimulé dessous. Il prit les deux bouteilles de vin toujours debout et constata qu'elles étaient pleines. Il en fit la remarque au petit inspecteur.

- Merde, grommela ce dernier. Tu crois que c'est un règlement de comptes? La mafia, peut-être?

- Possible.

Les deux inspecteurs se déplacèrent vers la porte. Ils observèrent la scène un moment. Le petit se gratta la tempe gauche.

- Un par-dessus et trois bouteilles de rouge? Ça peut pas être autre chose qu'une blague!

- As-tu faim? Je mangerais un morceau, moi.

- Bonne idée, allons manger. J'appellerai les gars du labo tantôt.

Le petit précéda son collègue dans le couloir. Dans la cage d'escaliers résonnait l'écho de la voix du premier qui relatait à l'autre le succulent repas que lui avait concocté sa femme la veille, et qui insistait sur combien il rafole de foie.

lundi 27 novembre 2006

Ça y est, le rassemblement est complet.

Toutes les forces susceptibles de contrer le mouvement décadent de l'expression et de l'art se sont réunies pour agir. Pour faire bouger ces lâcheurs, pour les remettre sur le droit chemin! Le tout sera fait en harmonie, à l'unisson, dis-je!

Le plan d'action est rédigé. Les équipes montées, les ravitaillements scellés, prêts à être envoyés aux endroits où la situation est la plus critique. Car il y a bien des lieux que les déserteurs du divertissement ont ciblés et vidés de toute énergie créatrice. Les documents nous ayant été transmis par les commandants des différents fronts nous témoignant de l'état comateux de ces bulles inanimées sont désolants...

Peu importe, aucune soumission ne sera permise de la part de nos troupes! Nous lutterons! Un officier m'a mis au courant que l'attaque était entamée, tous les moyens envisagés ont été déployés: nos plus brillants chercheurs ont déniché quelques pigments nécessaires aux scientistes pour redémarrer le mélange des couleurs exilées; nos plus arriérés moines ont débuté les négociations pour un nouveau salaire avec les lettres s'étant elles-mêmes attribuées un congé; nos plus souples gymnastes se sont mis à l'exécution des tortures, étirant, écrasant et déchirant toutes les portées trouvées sur leur passage, et séquestrant le plus grand nombre possible de clés de sol, jusqu'à ce qu'elles se résignent enfin à révéler la cachette de leurs amies les notes.

Il semble que le combat ait déjà porté fruits. Un officier a précisé avoir entraperçu durant la nuit une croche, une série de «b»s et de traits d'union, ainsi qu'une ombre de vert, dissimulés derrière un édifice. La croche creusait un trou tandis que les traits d'union se défaisaient tour à tour de leur écusson de fidélité au mouvement Anti-art/Anti-expression et le jetaient dans la fosse improvisée. Les «b»s et l'ombre verdâtre attendaient vraisemblablement de pouvoir se débarrasser de ce badge honteux.

Nous réussirons! Je sens la victoire se ranger de notre côté! Dans très peu de temps, tous jouiront à nouveau de glorieux amusements artistiques! Nous pourrons tout entendre, tout admirer, tout lire! Demain, à l'aube, nous savourerons!

Bravo à tous nos combattants, bravo à moi, dis-je, qui ait su flairer et réduire ce fléau! Imaginez un peu ce qu'aurait signifié pour nous tous la disparition de l'art et de l'expression! Imaginez!

Mille fois bravo à moi, qui ait su diriger la médiation de ce conflit! Effectivement, en échange d'un retour assuré de la part des représentants de ces deux groupes, disons-le, parfois irréfléchis, je leur ai fait la promesse qu'ils auraient désormais droit à la liberté d'expression. Ils signeront sous peu le papier d'entente, j'en suis certain.

Finies les censures! Pour mon plus grand bonheur, ainsi que pour le vôtre, les couleurs n'hésiteront plus à nous cracher au visage autant les laideurs que les beautés de ce monde! Les lettres feront fi de la morale et avoueront les vérités douloureuses au même titre que celles beaucoup plus douces! Et les notes ne se priveront plus, au nom de la bonne tenue et du civisme, de s'éclater et de nous entraîner dans des rythmes déchaînés et corrompus!

Oh, longue vie au nouvel art et à l'expression libre, longue vie à moi, dis-je!

mardi 21 novembre 2006

Une horreur, un drame, vous dis-je, se trame!

Que des couleurs se permettent d'en dire trop, ça passe encore. Mais que les lettres se mettent à nous lancer des regards désabusés, je ne sais plus trop.
Et si les notes s'avouaient rebelles également, si elles se déclaraient nos ennemies? L'agonie serait certaine...

L'art et l'expression se liguent contre nous! J'ai été témoin d'une de leurs rencontres prévues pour planifier cette supercherie sensée nous anéantir. Croyez-moi, il n'y a pas de temps à perdre! Nous devons réagir, nous tenir, tous! Ensemble, nous pouvons (et nous devons!) faire poids devant ces deux grandes sphères et les affronter sans pitié! Les obliger à rappliquer, et à poursuivre leur mission: nous faire vivre extases, partages et grandeurs!

L'affaire est somme toute risquée et, soit dit en passant, grave. Après tout, il ne s'agit pas que de nos outils artistiques qui menacent de nous faire fondre de langueur et d'ennui, mais aussi de leur moteur: la voix! Toutes ses facettes, la parole, la diffusion, l'exposition, la distribution, la permission, l'accès, la libération de tout médium, c'est-à-dire tous les médias, toutes nous sifflent qu'elles ne s'abaisseront plus! Qu'elles n'accepteront plus de se faire exploiter!

Comment nous, innocents consommateurs, sommes-nous supposés contrer ce mouvement de masse? Faut-il ramener à la raison (et à la maison, par la même occasion, puisqu'ils ont tous déserté le pays!) tous les portraits, tous les tableaux, tous les morceaux et toutes les chansons? Y parviendrons-nous?

Après moult réflexions, certains d'entre nous se sont dit que l'art et ses crieurs pouvaient bien aller se faire voir! Jolie mentalité... D'autres ont voulu se pencher sur l'origine de la crise... Mais les heures nous échappent! Et le nombre de morts causées par l'absence d'art et de son ancienne profusion augmente à un rythme effarant!

Par où commencer? Et comment agir, dis-je, que faire?

mercredi 15 novembre 2006


Elle aurait voulu connaître d'autres remous
Autrefois il y avait des jeux, des rondes qui l'amusaient
Maintenant il n'existe que des hommes rugueux, des sculptures de plâtre au sourire enjôleur

Elle envie tous ces gens aux jours remplis
Se dit que tous les carnets et tous les feuillets ne sont pas assez grands
Qu'il lui faudrait une mer, un autre alphabet et puis bien des plumes et beaucoup d'encre

Elle n'aime pas les trop grandes chaleurs qui font bouillir son sang
Préfère le givre, préfère voir ses veines se tordre sous la brûlure, préfère le froid
Elle siffle et puis se berce, fait languir les pétales, découvre un parterre inexploré, se l'approprie

Elle s'appuie contre les grandes herbes
Se laisse tomber et dissout
en une seule note tous les graves et les aigus du vent
Elle veut plaire, se plaire, distinguer, se distinguer, déranger, se déranger, puis mourir voilée










lundi 13 novembre 2006

We could forge something special; a bond with the smell of apples,

Or perhaps a tree made of bubbles...


dimanche 5 novembre 2006

L'homme s'étendit par terre, sous la lune, près des arbres. Il ne distinguait plus les verts, les bruns, les bleus, ne remarquait pas la ligne entre les conifères, la terre et les cieux. Tout était ombres. Tout était chimères.

Il disposa ses effets à proximité - trois babioles à manger dans un sac et une couverture - et déroula le vieux drap troué, le plaça sur son corps. Peu à peu, ses yeux s'accoutumèrent à l'obscurité, se fièrent à la lune pour lui montrer ce qui l'entourait.

Il se sentait comme un personnage évoluant au milieu d'un de ces paysages faits de pâte à modeler, comme ces grosses boules animées qui fondent et plongent dans le sol de lait pour refaire surface sous forme d'un maigrichon, d'un chien ou d'une jeune fille à la voix claire.

La faim lui torturait le ventre. Il étendit la main vers le sac qui était à ses pieds. Il ne savait plus la différence entre les goinfres et les pressés, ne se souvenait plus si avant, il avait été quelqu'un avec beaucoup d'appétit ou non. Il croqua dans son sandwich sans se presser. Personne ne l'attendait.

Il aurait voulu parler, juste pour parler, pour s'entendre, pour rompre le silence. Puis il se dit que discuter avec l'insecte qui lui chatouillait le mollet, ou le loup au loin, ne le divertirait en rien. Il préféra laisser les nuages converser entre eux, discrètement.

Puis il pensa à elle. Son visage lui revint en tête. Ses yeux. Sa bouche. Ses cheveux. Ses yeux exorbités, qui le suppliaient. Sa bouche tordue, grimaçante, d'où sortait sa langue, d'où sortaient des plaintes étouffées dans le but de lui faire entendre raison. Il se souvenait de ses cheveux entre ses doigts, de ses cheveux sur sa couverture en lambeaux. Il se rappelait la couverture autour de son cou, du cou de la jeune femme. Son cou mauve, après. De plus en plus colorié, pendant. De plus en plus serré. De moins en moins d'air. L'homme l'avait senti, qu'il la privait de tout l'oxygène dont elle avait besoin.

Il ferma les yeux, le visage de la jeune femme toujours en mémoire. Il sourit, puis se dit en s'assoupissant que définitivement, il devait être un goinfre, avant.

lundi 30 octobre 2006

Je rage contre les fluctuations du taux de sérotonine dans mon organisme qui font que je dois patienter dans la salle d'attente d'une clinique médicale un lundi après-midi.

Et maintenant j'emmerde l'impatience. Je braille en songeant aux discussions qui brûlent mes oreilles et empestent l'air de ces endroits remplis de chaises occupées par des derrières de patients furieux contre leur système de santé. Je hurle contre ces mesquines pensées qui s'infiltrent dans la tête des gens et leur font croire que les étrangers venus s'installer au Canada sont tous en train de leur piquer leurs jobs, leurs loyers et leurs maisons puisqu'après tout, c'est «chez eux, ici!». Je déteste la petite phrase prononcée avant que soit lancée une vacherie, «Je veux pas être méchant, mais...». Ben ferme ta gueule d'abord, parce que tu vas sans doute l'être!

Je hais aussi les paroles et le ton sans retour empruntés par des gens qui veulent garder leurs distances. J'enrage en pensant aux coupures, aux déchirures, aux séparations. Je crie contre les habitudes qui tentent de s'imposer. Contre l'automne qui veut s'en aller.

samedi 28 octobre 2006

J'ai ressorti des trucs que je désirais garder enfouis pour longtemps. Et ça me va. Je ne retombe pas. Ou si peu.

J'ai accroché ce masque qui s'allie tellement à mes murs rouge salsa. On pourrait presque dire qu'il s'y camoufle, alors comme ça des fois j'oublie même qu'il me regarde lorsque je passe dans le couloir. J'ai affiché à nouveau une photo, celle de nous trois, en ne laissant paraître que le côté où j'y suis, et où l'on voit ce cher Zachary, que j'ai délivré il y a quelques mois déjà. Hier, j'ai serré une peluche longuement, ai pleuré puis ai retassé ce grand dandy de Gustave dans cette sombre garde-robe. Le pauvre, il doit lui arriver de faire des cauchemars, lui aussi...

Mais moi des cauchemars j'en fait moins. Et moi, pleurer, ça m'arrive rarement maintenant. Ces jours-ci, je souris. J'ai même séduit...

Les ascenseurs m'amènent encore un fantôme, mais je ne leur en veux pas. Et puis il semble que ce soit lui qui s'effraie à ma vue, et non le contraire. Étrange comme l'on s'éloigne... Il aura ce qu'il a toujours souhaité, en fin de compte.

Mon effacement. Je le lui offre.


samedi 21 octobre 2006

Un étranger. Une peau sur laquelle je ne me brûle plus. Un corridor qui ne m'apprend plus rien.

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Un port m'a anéantie...

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J'ai connu des larmes qui m'ont dit qu'elles valaient tous les fleuves du monde. J'ai tenté de les faire taire, puis plusieurs bouées sont venues à mon secours. Je n'en ai attrapé que quelques-unes, m'y suis accrochée très fort.

Les lumières des phares m'ont révélé l'écume de la mer. On m'a fait boire du sel et j'ai éternué une mousse. Le froid ne m'a pas effrayée, je n'ai frémi que lorsque j'ai su que cette voix n'existerait que dans ma tête désormais. Et le vent m'a réchauffée. Je n'ai soufflé mot, les bulles m'ayant prise à la gorge...

Au loin, j'ai entendu les cors et les accordéons vibrer. J'ai marché, j'ai rampé. J'ai suivi leur mélancolie. J'aurais aimé qu'un violon m'entraîne plus loin, mais il n'y avait que de l'air pour me dicter le chemin. J'ai souri, me suis dit «tant pis».

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Des masques se sont levés, pour ne pas avoir à tomber comme tous les autres. Je me suis mise à valser avec ces visages tordus. J'ai agrippé celui qui me le rappelait le plus, l'ai serré, puis l'ai jeté à l'eau.

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J'ai troqué mes os contre son timbre de voix, je n'ai gardé que ça, que sa voix.

mercredi 18 octobre 2006

J'ai mangé. Pour rien: j'avais pas faim. C'est fade, manger quand on n'a pas faim. Fade comme une sortie annulée, comme une journée mi-brume, mi-pluie... Fade comme aujourd'hui.

On ne m'a pas appelée, on ne m'a pas buzzée. Ou plutôt oui, on a téléphoné pour annuler. Et maintenant je nage dans ce que je devrais faire et ce que j'ai accompli: me faire vomir, écrire plus, lire, rire, ou prier pourquoi pas, versus des draps tout frais, des planchers nets, des vêtements propres, du tapis lisse et vide de boubous, de graines à bouffe d'oiseau autiste et de poils de lapin de crotte...

C'est fou ce que des heures peuvent trop promettre. Fou comme elles permettent tant, mais ne suggèrent pas assez. Ou le contraire. Enfin, des fois. Pas tout le temps.


mardi 17 octobre 2006

ABANDONNER (v. tr.): Quitter définitivement --> déserter, laisser. Renoncer à (une action difficile, pénible). --> capituler, céder, flancher. FAM. décrocher, démissionner. [Le Petit Robert]


C'est ce qu'a à dire le p'tit Bob sur mon cas. Depuis que j'ai décidé d'abandonner mes cours cette session-ci en vue de les reprendre plus tard, je cherche à m'expliquer, à me justifier avec un autre mot qu'«abandonner». Avec un terme qui n'aurait pas de connotation de lâche, qui ne serait pas lié à un drapeau blanc. Et qui ne voudrait pas dire que j'ai baissé les bras ou que je me suis avouée vaincue. Parce qu'il y en a un quelque part que je trouve con et à qui j'en veux d'avoir abandonné.

Mais ce n'est pas pareil. Ce n'est jamais la même chose quand ça fait notre affaire... Et puis faut pas juger hen, chacun a ses raisons. Comme j'ai les miennes de vouloir reporter cette merde de cours. Donnez-moi quelques mois. Je vous montrerai que je n'ai rien abandonné.

Je me dirai que je n'ai rien abandonné.

mercredi 11 octobre 2006

Alors j'écrirai, ici.
Et vous me lirez, ici.


Bonne aventure à nous, ici.