lundi 10 février 2014



J'aime retracer des moments. Ma mémoire en conserve plein, des tonnes même, elle en oublie rarement, et ça me plaît de les faire défiler dans ma tête. Je me souviens de beaucoup choses, certaines remontent à très loin.

Je me souviens de la première fois, alors que j'étais petite fille, où j'ai dit à ma mère que je me trouvais grosse. J'étais en train d'enfiler mon maillot pour la baignade et je lui ai juste avoué, comme ça, ce que je pensais depuis longtemps. Je devais avoir à peine cinq ans.

Je me rappelle la lecture durant laquelle il a choisi de passer son bras autour de mes épaules, un après-midi à la maternelle. Je le trouvais cute, j'étais loin de me douter qu'il m'avait remarquée, encore moins que nous allions passer seize mois ensemble bien des années plus tard, une fois rendus à l'université.

Je me souviens de cette récréation durant laquelle mon amie a accroché ma dent branlante alors qu'elle tirait sur sa manche et que je me balançais doucement. Sa main a percuté ma mâchoire et j'ai enfin été débarrassée de cette foutue dent qui ne voulait pas lâcher.

De cette fois où la mère de mes deux amies d'enfance nous a présentées l'une aux autres. Au fil des ans, j'ai eu des phases où je m'entendais mieux avec l'aînée et d'autres où c'était plus avec la cadette. Ces dernières années, je me suis éloignée de cette dernière, mais celle de mon âge demeure une de mes plus grandes complices.

Des semaines de relâche passées chez mes deux cousines.  Nous faisions des forts avec nos matelas, nos couvertures et nos coussins, nous jouions au Polly Pocket, au Littlest Pet Shop et aux Quints.  Parlions jusque tard dans la nuit, ou du moins ce qui nous paraissait tard à notre âge.  Nous avons même fondé une troupe de danse, Les Angelinas, qui n'a pas fait long feu.

 Je me souviens de nos partys dans le sous-sol de mon amie durant lesquels nous dansions sur la musique des New Kids On The Block (déjà démodés à l'époque), des Backstreet Boys, des Spice Girls et des compilations Dance Mix.  J'attendais la venue du vendredi soir avec beaucoup de fébrilité.

De la première fois où il a entendu mon nom. L'air un peu abasourdi, il m'a demandé comment on écrivait ça. Pourtant, il y a pire, comme prénom... Il est aussi un des premiers à m'avoir dit me trouver belle.

Je peux reconstituer dans son entièreté, ou presque, le combat dans la neige sur le chemin du retour après le cours d'espagnol, un soir d'hiver. Le prof nous avait surpris en plein milieu de parcours et était venu nous parler d'hôtels et d'hébergement dans la région. Je suis au moins certaine de l'issue de la bataille : j'en étais sortie vaincue. Tu gagnes tout le temps, de toute façon.

Je me souviens de toutes ces marches prises avec une amie, surtout au printemps, et de ce café étudiant avec ces gigantesques poufs et les bureaux des membres de l'asso pas loin, du pub aussi et de ses gros divans de (faux?) cuir et les autres divans aussi, comme celui où il m'a embrassée pour la première fois, ce qui a fait toute une histoire de fin de session qui m'a collée dessus pendant six mois et même des années plus tard tellement moi je m'étais amourachée de cet homme.

De la première fois que je l'ai aperçu alors qu'il pénétrait dans l'amphithéâtre pour notre premier cours du bacc, accoutré de son costume d'initiation et les cheveux trop bouclés pour être léchés vers l'arrière tel que prescrit par nos initiateurs. Il n'a pas arrêté de jacasser au dîner, a parlé beaucoup dans l'autobus nous menant au party de début d'année, m'a bien amusée toute la soirée. Le lendemain, en classe, je me suis assise avec lui. Il portait une casquette à hélice et moi une salopette. Nous nous entendons bien depuis ce temps.

Des fous rires compulsifs de mon camarade de classe et moi, provoqués par une mauvaise manoeuvre de ma part à bord d'un ascenseur à la bibliothèque et qui a fait refermer les portes au nez d'une dame qui courait pour ne pas rater ledit ascenseur. Nous avions passé notre temps crampés dans les allées de livres, à nous foutre complètement de notre recherche. Nous sommes devenus de vrais amis à ce moment-là, je crois.

De cette soirée où je l'ai vu passer devant moi à grandes enjambées, tout de noir vêtu, les cheveux aux épaules, l'air un peu intimidant. Il ne m'a pas fallu plus de deux phrases échangées pour comprendre à quel point il était sympathique et aimable, et un tout petit mois et quelques jours à peine pour tomber amoureuse.

Toi, je ne me souviens pas de la première fois où nous nous sommes vus, si on nous a présentés ou pas.  Ce devait être à l'un de vos premiers shows à Québec, à l'Ostradamus.  Mais je me rappelle la fois où tu as passé le restant de la nuit chez moi après que j'aie insisté parce que tu avais trop bu pour rentrer chez toi en van.  Je t'ai invité à me rejoindre dans mon lit.  Étendus face à face, nous avions parlé.  Tu m'avais tapoté la tête en me disant «Je t'aime bien, toi.»  Puis tu avais doucement caressé ma main.  Et nous nous étions embrassés, lentement, très lentement.  Un des plus beaux baisers échangés dans ma vie.


Il y en a plusieurs autres, c'est sûr.  Une autre fois, peut-être...






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