lundi 17 octobre 2016




10 ans de posts et 1 livre plus tard, Une fille louche existe encore.  À mi-chemin, j'ai écrit cette espèce de bilan.  Je pourrais continuer à partir de là...

2012 a été une superbe année avec quelqu'un.  Ça s'est effrité à la fin de 2013, alors que je vivais ma pire dépression à date.  Il ne fait pas de doute que cette relation ait affecté mon état, même si ce n'est pas la seule cause (je dis toujours qu'il n'y a pas qu'un seul facteur, avec cette maladie-là).  Ça reste une des plus douloureuses des séparations que j'aie vécues.  Et pendant que tout était beau avec lui, j'avais encore du trouble avec mon ex, qui a fini par quitter Québec et retourner par chez lui, ce qui nous a fait du bien à tous les deux.  

Je ne comprends pas encore comment j'ai pu endurer tous ses appels à répétition, ses visites, ses messages...  Ou comment j'ai pu supporter de le voir apparaître pratiquement à tous les jours à l'arrêt d'autobus, sur mon balcon, dans ma rue, sous ma fenêtre...  Tout ça pendant près de 4 ans.  Avant cette expérience, je croyais que j'étais une personne qui ne se laisserait jamais piler dessus comme ça.  Je pensais être assez sensibilisée aux phénomènes de harcèlements et d'abus, j'étais convaincue qu'on ne pouvait pas me manipuler à ce point.  Mais il a réussi.  Parce que si je l'abandonnais, il se retrouverait seul au monde.  Je le croyais quand il me le disait.  Et je pensais vraiment que je ne pouvais pas le laisser tomber.  Même si ça voulait dire que je devais embarquer dans ses jeux.  Même si je devais jouer selon ses règles.  J'aurais dû m'y prendre autrement, et plus tôt.  Ça aurait été bien mieux pour lui, pour moi et pour tous les gens autour.

2013 et 2014 ont été les pires années de ma vie.  Je suis devenue une larve sans but, sans intérêt, sans passion, sans activité, sans énergie, sans émotion, avec trop d'émotions, avec trop de vide, avec trop de noir.  J'étais morte et je voulais mourir encore plus.  Je me souviens de journées passées à m'isoler dans mon espace, à dormir, à me traîner de mon lit à mon ordi, à scroller des pages remplies de futilités, à ne manger qu'une pomme, à ne pas sortir, à ne pas me laver, à ne pas avoir envie, à juste me demander ce que je crissais là, si ça allait se terminer un jour.  Est venue aussi la peine d'amour.  La sécheresse et la douleur se disputaient la place en moi.  J'ai arrêté de lire et d'écrire.  Tous les événements sensés être joyeux, tout ce qui arrivait autour de moi à ceux que j'aimais, tout ça a filé dans un épais brouillard pour moi.  Je n'ai pas pu participer, je n'ai pas pu être contente pour qui que ce soit, je n'ai pas pu arrêter de pleurer, je n'ai pas pu arrêter de fermer les yeux, je n'ai pu rien voir de beau, pas d'éclat, pas de bonheur.

Je me souviens de la fin de semaine durant laquelle j'ai accompagné mes parents chez mon frère et ma belle-soeur pour aider à préparer la chambre de leur premier enfant.  C'était en mars, Marie-Ève était enceinte d'environ 7 mois.  C'est moi qui avais voulu donner un coup de main, je ne travaillais pas et je voulais participer aux préparatifs pour l'arrivée de mon neveu.  Tout ce que j'ai réussi à faire ces jours-là, c'est de tenir Max le boxer près de moi pour qu'il ne soit pas trop dans les jambes sur le «chantier».  On est restés collés toute la fin de semaine.  Je n'ai fait que ça, et dormir et pleurer.  Je me souviens, et j'en ai honte.  J'aurais voulu aider.  Profiter de ce temps en famille.  Je n'étais même pas foutue de me lever pour souper avec eux.  Un moment me revient régulièrement en tête quand je pense à cette période-là : je revois la grande fenêtre de la chambre d'amis dans laquelle j'étais, étendue sur le lit, la bouche entrouverte, les yeux grand ouverts, les larmes coulant sans arrêt.  Tout était bleu autour de moi, un bleu froid, j'avais froid, et une grande lumière blanche transperçait la vitre.  C'était l'après-midi, il faisait tempête, nous avions dû retarder notre retour à Québec d'un jour, et moi j'étais figée sur mon flanc gauche.  Je n'ai jamais ressenti pareille douleur.  Il n'y avait rien que je pouvais faire pour la faire disparaître.  Une douleur qui stagne tout autour, qui efface tout autour.  Je n'étais consciente que de ma peine, j'avais le souffle coupé, le temps n'existait plus, ou existait trop, c'était interminable.  Je me demandais si j'allais pouvoir me lever et passer à autre chose, juste pouvoir oublier ne serait-ce qu'une seconde que j'étais broyée en dedans, pouvoir faire un pas, crier, quelque chose...  À ce moment-là, je ne pouvais même plus m'endormir.  Je comptais beaucoup sur le sommeil pour geler ma douleur dans ce temps-là.  Et à cet instant précis, je n'y parvenais même pas.  Mourir, juste là.  J'aurais tellement voulu.  J'ai pensé à ce que j'aurais pu utiliser qui se trouvait dans la penderie.  J'ai vraiment pensé à ce que j'aurais pu faire.  Mais mes parents étaient à côté.  Mon frère était à côté.  Ma belle-soeur aussi.  Elle allait donner naissance à leur premier enfant.  J'ai appelé ma mère.  Elle est venue me voir.  Je pleurais encore, je lui ai dit que je ne pouvais pas dormir.  Elle semblait désemparée, elle ne devait plus savoir quoi me dire, avec toutes les paroles qu'elle m'avait déjà soufflées depuis le début de la fin de semaine.  Pénible est un mot qui me revient en tête quand je repense à ça.  Intolérable, aussi.  Rien n'était plus pénible que lorsqu'il ne se passait rien.  Je me sentais très mal vis-à-vis mon frère et ma belle-soeur.  Je me disais que j'avais gâché ces beaux moments, j'avais rendu lourde l'atmosphère, alors que tout aurait dû être légèreté et fébrilité.  Je m'en suis voulu d'avoir failli à ma tâche, celle de la future tante venue aider à bricoler pour la chambre du petit qui s'en venait.

Sinon, j'ai fini par émerger après un peu plus de 2 ans de longueurs et d'efforts.  J'ai fait partie d'un groupe de thérapie d'expression par l'art brut qui m'a beaucoup aidée.  Je me suis remise à sortir de ma cabane.  Voir des gens.  J'ai fini par suivre un programme d'aide à l'emploi pour réintégrer le monde du travail.  Je me suis trouvé une nouvelle «vocation», celle du toilettage pour animaux.  Je suis employée au Salon Canin depuis environ 14 mois maintenant.  J'ignore combien de temps je vais m'y plaire.  Ça m'a pris beaucoup de temps à me réajuster à avoir un horaire, des responsabilités, des obligations.  J'ai échoué à quelques reprises.  Je semble avoir un peu plus le dessus maintenant.  Après avoir bénéficié de l'aide sociale pendant presque 2 ans, je me rebâtis tranquillement un budget.  C'est fou tout ce que j'ai dû couper de mes habitudes de consommation durant cette période : j'ai cessé d'acheter des vêtements et des trucs en solde; j'ai décidé que du revitalisant, c'était vraiment du luxe; je me suis mise à être moins difficile sur les marques de bouffe et de produits nettoyants; j'ai réduit considérablement mes sorties et mes activités culturelles (ok, je n'en avais pas envie alors pour un bout ça n'a pas été difficile de le faire.  Mais quand on est sensé retrouver la joie de vivre, ça n'aide pas beaucoup, de ne pas avoir de cash jamais ever); j'ai arrêté d'aller au restaurant presque complètement (ceux qui me connaissent savent ce que ça représente pour moi)...  Encore aujourd'hui, j'ai gardé des tendances d'économe développées durant cette période, ce qui a quand même du bon.

Je me suis fait de nouveaux amis.  Je n'ai rencontré personne, romantiquement parlant, ni même eu de crush, vraiment, depuis ma dernière rupture...  Ça fait longtemps, ça commence à être triste.  Je suis un peu bloquée à ce niveau-là, je pense.  J'ai 3 chats maintenant.  Ma p'tite dernière, je l'ai adoptée du refuge ACSA, où ça fait trop longtemps que je ne suis pas allée bénévoler.  J'ai moins de temps avec mon travail, et je prends moins le temps aussi, je dois avouer.  J'ai encore des jours de larvitude, durant lesquels je ne veux pas sortir de chez moi ni voir personne.  Je me bats encore contre mes tendances à creuser ma peau.  Je bois trop de liqueur, je prends des médicaments à tous les jours mais des fois je ne suis pas assidue et c'est moi qui écope.  Je suis abonnée aux maux de tête, gracieuseté de certains de mes médicaments.  J'ai maigri et réengraissé.  Je n'aime pas mon corps ces mois-ci.  Je pense que je vais laisser pousser mes cheveux un peu.  C'est l'automne et j'adore ça, il fait si beau.  Je ne marche ni ne bouge assez.  Je procrastine.  Le recueil Une fille louche est sorti à la fin d'août et j'en suis bien contente.  J'ai encore moins voyagé qu'avant, il me semble, ce qui est aussi déplorable.

Je trouve ça dur d'encore trouver ça dur, des fois, de me lever et de vivre.  Mais ça se passe mieux.  Mes problèmes et mes difficultés sont assez communs, rejoignent plein de gens.  Comment ça se fait?  Louis CK a dit : «Everything is amazing and nobody is happy».  C'est foutument trop vrai.










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