lundi 27 novembre 2006

Ça y est, le rassemblement est complet.

Toutes les forces susceptibles de contrer le mouvement décadent de l'expression et de l'art se sont réunies pour agir. Pour faire bouger ces lâcheurs, pour les remettre sur le droit chemin! Le tout sera fait en harmonie, à l'unisson, dis-je!

Le plan d'action est rédigé. Les équipes montées, les ravitaillements scellés, prêts à être envoyés aux endroits où la situation est la plus critique. Car il y a bien des lieux que les déserteurs du divertissement ont ciblés et vidés de toute énergie créatrice. Les documents nous ayant été transmis par les commandants des différents fronts nous témoignant de l'état comateux de ces bulles inanimées sont désolants...

Peu importe, aucune soumission ne sera permise de la part de nos troupes! Nous lutterons! Un officier m'a mis au courant que l'attaque était entamée, tous les moyens envisagés ont été déployés: nos plus brillants chercheurs ont déniché quelques pigments nécessaires aux scientistes pour redémarrer le mélange des couleurs exilées; nos plus arriérés moines ont débuté les négociations pour un nouveau salaire avec les lettres s'étant elles-mêmes attribuées un congé; nos plus souples gymnastes se sont mis à l'exécution des tortures, étirant, écrasant et déchirant toutes les portées trouvées sur leur passage, et séquestrant le plus grand nombre possible de clés de sol, jusqu'à ce qu'elles se résignent enfin à révéler la cachette de leurs amies les notes.

Il semble que le combat ait déjà porté fruits. Un officier a précisé avoir entraperçu durant la nuit une croche, une série de «b»s et de traits d'union, ainsi qu'une ombre de vert, dissimulés derrière un édifice. La croche creusait un trou tandis que les traits d'union se défaisaient tour à tour de leur écusson de fidélité au mouvement Anti-art/Anti-expression et le jetaient dans la fosse improvisée. Les «b»s et l'ombre verdâtre attendaient vraisemblablement de pouvoir se débarrasser de ce badge honteux.

Nous réussirons! Je sens la victoire se ranger de notre côté! Dans très peu de temps, tous jouiront à nouveau de glorieux amusements artistiques! Nous pourrons tout entendre, tout admirer, tout lire! Demain, à l'aube, nous savourerons!

Bravo à tous nos combattants, bravo à moi, dis-je, qui ait su flairer et réduire ce fléau! Imaginez un peu ce qu'aurait signifié pour nous tous la disparition de l'art et de l'expression! Imaginez!

Mille fois bravo à moi, qui ait su diriger la médiation de ce conflit! Effectivement, en échange d'un retour assuré de la part des représentants de ces deux groupes, disons-le, parfois irréfléchis, je leur ai fait la promesse qu'ils auraient désormais droit à la liberté d'expression. Ils signeront sous peu le papier d'entente, j'en suis certain.

Finies les censures! Pour mon plus grand bonheur, ainsi que pour le vôtre, les couleurs n'hésiteront plus à nous cracher au visage autant les laideurs que les beautés de ce monde! Les lettres feront fi de la morale et avoueront les vérités douloureuses au même titre que celles beaucoup plus douces! Et les notes ne se priveront plus, au nom de la bonne tenue et du civisme, de s'éclater et de nous entraîner dans des rythmes déchaînés et corrompus!

Oh, longue vie au nouvel art et à l'expression libre, longue vie à moi, dis-je!

2 commentaires:

  1. Je suis pas sûr ce bien comprendre de quoi il s'agit, je ne susi pas sûr que ce soit important que je comprenne bien de quoi il s'agit, la seule chose dont je suis sûr, c'est que ça fait du bien de te voir si optimiste et de voir que la vie renaît, que l'art refait surface, que nous allons vivre, haut et fort, clamer à tue-tête notre innocence, notre culpabilité, notre entêtement à reconnaître le paradoxe ambiant, notre souffle, notre haleine, notre influx nerveux, notre pouls, notre vie, Viarge !
    No matter how far, I keep coming back. [Josh Gracin]
    I'm waiting for your return, my friend.

    RépondreSupprimer
  2. Ce n'est que de la fiction, mon brave Pierre-Luc, qu'un narrateur inventé, dans toute sa fendance (ce mot?) et son narcissisme!

    Mais oui, la vie renaît, et ça me fait autant de bien qu'à toi! Et nous allons tout faire ce que tu proposes!

    You won't be waiting long, my friend.

    RépondreSupprimer